Gianni e Le Donne

On 31/05/2011 by Nicolas Gilson

Pour Gianni la première femme qui importe dans sa vie, malgré lui, est sa mère. Un personnage dont le fils voudrait s’émanciper mais auquel il lui est impossible d’échapper. Et ce n’est pas faute d’essayer à l’instar de cette drôlissime séquence d’ouverture chez le notaire où Gianni tente de s’approprier le patrimoine maternel…

L’humour s’impose d’emblée. Et avec lui un ton qui semble appartenir au réalisateur. La dynamique de mise en scène épouse le rythme dicté par l’hypothèse musicale qui participe à l’état d’esprit du protagoniste tout en ancrant une distanciation amusée. La légèreté de jeu, au sein de laquelle les gestes et les échanges semblent vrais, est enivrante. GIANNI E LE DONNE est un film d’une rare fraîcheur qui a-delà de la légèreté de ton est à la fois politique et cynique. Gianni Di Gregorio compose une nouvelle fois un portrait très juste et touchant qui tend à l’universalité et permet d’établir une nouvelle photographie de la société italienne en devenir.

Comme dans son précédant film PRANZO DI FERAGOSTO, le réalisateur donne vie au personnage principal. Le protagoniste n’est cependant pas le même. Et ce malgré le fait que c’est à nouveau Valeria De Franciscis (révélée par le réalisateur) qui tient le rôle de sa même fictive et que beaucoup de caractéristiques sont similaires dans la définition de l’indentitaire des personnages. Gianni vit dans un appartement avec sa femme et sa fille (et par extension le petit ami de celle-ci), toutefois sa mère reste bien présente dans son quotidien, au point de le conditionner.

GIANNI E LE DONNE se construit comme les chroniques d’un homme vieillissant qui se rend compte qu’il a perdu ses capacités de séduction. Gianni est l’ami de ses dames. Il est devenu gentil, bienveillant. Un sentiment de jalousie est le moteur du désir qui l’envahit de courtiser à nouveau, de retrouver la capacité de plaire. Après tout la braliste en pince bien pour un des petits vieux qui passe ses journées assis dans la rue, vêtu d’un jogging. Alors s’il prend soin de lui, comment ne deviendrait-il pas irrésistible ?

Mais ses désirs peuvent-ils ne pas s’évanouir face à des femmes qui l’enferment dans un rôle de père, fils, mari, voisin, ancien camarade… Des femmes qui en plus de cela semblent porter la culotte alors que lui, et les hommes, apparaissent comme pathétiquement – mais délectablement – passifs. Toutefois le désir reste d’un bout à l’autre visualisable : le réalisateur met en place une objectialisation de la femme dont la poitrine est un atout central ! Et comme la position de la femme dans la société est louée, cette réification n’est jamais vulgaire. Au contraire, l’homme agit comme un enfant !

Les femmes travaillent, étudient, décident. Et les hommes semblent les servir et subir la vie. Gianni est inactif car la société le lui a dicté. Tandis que les reproches de sa mère ne peuvent que l’y contraindre. Le petit ami de sa fille (qui reste avec lui car rompre serait trop épuisant) ne cherche pas de travail car s’il n’y en a pas pour les diplômé, comment pourrait-il en trouver ? Et dans l’absolu à quoi est-ce que cela servirait.

Le réalisateur met en place de nombreux enjeux, intelligemment, en sous-texte, s’en jamais s’égarer de la ligne narrative première et sans jamais modifier le ton de l’approche. Les gestes et les détails sont loin d’être accessoires. L’interprétation est juste a point que les personnages semble réels… Ce qui n’est pas entièrement faux, la fille de Gianni étant celle du réalisateur et bons nombres situations ayant été inspirées à Gianni Di Gregorio par sa propre vie.

GIANNI E LE DONNE
♥♥(♥)
Réalisation : Gianni DI GREGORIO
Italie – 2011 – 90 min
Distribution : ABC distribution
Comédie

Interview de Gianni Di Gregorio

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