Critique : Geronimo

On 20/12/2014 by Nicolas Gilson

Témoignant d’une énergie folle et communicative, GERONIMO est une version contemporaine de Roméo et Juliette qui dresse un portrait réaliste et plein d’espoir de la France pluriculturelle d’aujourd’hui. Tony Gatlif y aborde magistralement des sujets de société forts à l’instar du mariage forcé et du communautarisme tout en ancrant l’importance de la transmission et de l’éducation. Célébrant les figures féminines, le cinéaste met en question la place de chacun dans un monde dominé par une aveugle fierté masculine.

celine-sallette-geronimo

J’essaye de croire aux miracles

Dans le Sud de la France, une jeune fille s’enfuit de ses noces pour rejoindre l’homme dont elle est amoureuse. Elle est turque, il est gitan. Elle fuit en fait un mariage forcé et la réaction de ses frères ne se fait pas attendre : pour sauver leur honneur ils décident de la tuer et de tuer celui qui a semé le trouble. Une guerre éclate entre les deux gangs. Geronimo (Céline Sallette) tente de solutionner la situation et vient en aide aux amoureux. Elle a un rêve, un espoir : quel les jeunes sur lesquels elle veille se construisent un avenir.

D’entrée de jeu Tony Gatlif nous convie à partager le ressenti de ses protagonistes qu’il exacerbe à dessein. Une jeune femme court à toute vitesse comme si sa vie en dépendait. Elle traverse l’écran, le crève presque tant son geste est pulsionnel. La course tout aussi effrénée d’un jeune homme nourrit cet élan premier et conduit à leur réunion. Leur amour est total, la passion qui les anime s’impose avec force. Ils ne sont qu’un. Nous savons pourtant, déjà, qu’ils défient un interdit. Le décor est planté.

Rachid Yous - Geronimo

Happés par une pleine énergie et hypnotisés par ce mouvement romantique, nous découvrons alors le contexte où l’action prend place. Le réalisateur change soudainement de tonalité et compose avec des touches ludiques se fondant à l’exaltation d’enfants et d’adolescents. L’action est presque surréaliste tandis qu’un nom, prononcé par tous, résonne : Geronimo. La découverte de ce personnage – qui donne au film son titre et dès lors attise notre curiosité – se fait dans la ritualité de son travail. Geronimo est éducatrice des rues. Elle tente d’offrir un cadre aux jeunes d’une cité. Vêtue d’un jupe et d’un t-shirt, elle endosse si nécessaire une contrastante masculinité afin de se faire respecter. La dualité du personnage fait sens. Notre regard devient rapidement le sien. C’est à travers elle que nous envisageons les enjeux qui découlent de la situation première.

Le frère de la jeune mariée provoque en duel les gitans qu’il considère comme responsables de son déshonneur. Par fierté il préfère faire couler le sang que de voir sa soeur épanouie. Tête brulée aux yeux de beaucoup, Geronimo tente de contenir le feu qui meut deux « familles » afin d’en éviter l’affrontement. Elle veut leur faire entendre raison. Mais peut-elle, seule, éviter un aveugle combat de coqs ?

Affrontement gangs Geronimo

L’agitation qui meut les protagonistes semble guider tant la construction scénaristique que l’approche esthétique – les deux semblent intrinsèquement liées. Geronimo tente de désamorcer une situation complexe et pourtant banale. Difficile combat que celui de faire entendre raison à ceux qui se refusent au dialogue. Tony Gatlif compose une oeuvre baroque et quelque peu foutraque oscillant entre réalisme et lyrisme. Les séquences se répondent comme autant de mouvements qui semblent se compléter avec comme point commun, comme lien, une incroyable énergie.

Fort d’ancrer un point de vue féministe, Gatlif réinvente l’hypothèse-même de l’affrontement à travers la corporalité. C’est ainsi que les turcs et les gitans se provoquent dans un séquence magistrale où les uns et les autres dansent font de leur corps des instruments de guerre et de musique. L’intensité des échanges conduit aux larmes tant le duel conduit à l’épuisement. D’un côté et de l’autre d’une ruelle, l’escalade de la provocation s’inscrit dans la chair. L’orchestration musicale parait alors un tourbillon qui emporte les protagonistes dans une surenchère qui devient absurde et infinie. Les sens et la raison s’envolent tandis que la gravité ne semble plus avoir d’emprise. Cette pleine organicité nourrit le film et résume la vision du cinéaste qui signe une oeuvre intense et explosive, foncièrement humaine.

Geronimo Affiche

GERONIMO
♥♥♥
Réalisation : Tony Gatlif
France – 2014 – 105 min
Distribution : Imagine Films
Comédie dramatique / Romance

Cannes 2014 – Sélection Officielle Hors-Compétition
FIFF 2014 – Compétition Officielle
CinemaMed 2014 – Compétition Officielle – Film d’ouverture

L’interview de Céline Sallette : Cliquez ICI

L’interview de Vincent Heneine et de Rachid Yous : Cliquez ICI

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