Genova

On 16/09/2009 by Nicolas Gilson

Michael Winterbottom propose un film hybride à travers lequel il confronte le spectateur à une triple dynamique de deuil. Un père et ses deux filles vont s’envoler pour Gènes afin de fuir malgré eux la peine qui les incombe. Un casting impressionnant permet au réalisateur d’attester une nouvelle fois de l’excellence de sa direction d’acteur.

La séquence d’introduction du film s’avère être la plus intéressante. Le réalisateur met en place une dynamique réellement oppressante. En recourant à une captation en gros plan, il enferme le spectateur dans l’habitacle d’une voiture où se trouvent deux jeunes filles et leur mère. Une situation banale sur une route sans fin : toutes trois jouent à deviner la couleur des voitures qu’elles croisent. Pourtant Winterbottom annonce la tragédie tant au travers de la captation filmique que d’une certaine préfiguration sonore : la succession de gros plans, la sensation d’enfermement, la fluidité des mouvements et la mise en place d’une hypothèse ludique laisse présager un passage au noir radical.

Ensuite, le film tarde à réellement démarrer … Une série d’enjeux sont mis en place ; la complicité unissant les deux soeurs semblent s’être envolée dans l’accident. Le départ préfiguré par le titre a enfin lieu mais le film démarre-t-il vraiment pour autant ?

Au niveau scénaristique, le réalisateur ne développe pas un point de vue clair. Parallèlement la photographie manque de cohérence revêtant ponctuellement un caractère brouillon – image vidéo un peu dure, avec effet de zoom jurant proprement – ancrant une distanciation qui établit un rapport du faux. Le réalisateur semble ne pas avoir fait de choix entre une approche réaliste ou clairement fictionnelle, aussi le spectateur s’y perd. Tantôt confronté à l’intimité des situations au point de s’y fondre – l’exemple paradigmatique reste la séquence d’ouverture mais Winterbottom parvient à jouer avec cette dynamique à de nombreuses reprises, tantôt transporté aux frontières du romanesque ou du fantastique le spectateur ne sait sur quel pied danser. La captation est fermement duale, elle se fond à l’inconscient des protagonistes, au point de présenter des plans subjectifs ou d’en suivre les mouvements, tout en mettant en place une distance quasi hermétique.

L’hypothèse sonore est par contre déroutante : Winterbottom esquisse une dynamique de perception et de préfiguration sonore stupéfiante. C’est au travers du travail sur le son que le spectateur est au plus proche des protagonistes. Le manque de choix visuel n’en est pas pour autant solutionné, mais le spectateur ne peut échapper à une identification ponctuelle avec les différents protagonistes : au travers des perceptions sonores le spectateur fait corps avec les personnages.

GENOVA manque en somme de radicalité car en optant pour une esthétique visuelle claire et un point de vue assis Winterbottom aurait pu créer une réelle dynamique d’identification. Au lieu de quoi, une distanciation ponctuelle rompt le charme qu’il semble s’efforcer de mettre en place et ce malgré une direction d’acteur impressionnante tant elle ne se remarque pas.

GENOVA
**
Réalisation : Michael Winterbottom
Royaume-Uni – 2008 – 94 min
Distribution : KFD
Comédie dramatique
Enfants admis
Film présenté en avant-première au Brussels Film Festival

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