Critique : Gemma Bovery

On 07/09/2014 by Nicolas Gilson

Gentiment fantasque, GEMMA BOVERY séduit par sa tonalité et son humour. Anne Fontaine y sublime le charme de Gemma Arterton et offre à Fabrice Luchini un rôle qui lui sied à merveilles.

Fatigué par Paris et le monde de l’édition, Martin s’est retiré en Province et a repris avec son épouse la boulangerie familiale. Passionné de littérature, il est persuadé de voir chez Gemma Bovery – dont le mari s’appelle Charly – l’incarnation de l’héroïne de Gustave Flaubert. Après tout, ne sont-ils pas en Normandie ?

Gemma Bovery

D’entrée de jeu Anne Fontaine opte pour la carte de l’artificialité : le personnage de Martin s’adresse à nous, esquissant le décor où prend place l’action, sa personnalité mais aussi et surtout une dynamique de récit. La réalisatrice joue rapidement sur plusieurs tableaux en variant les points de vue et les possibles angles d’approche. Deux temporalités se répondent : alors que Charly pleure le départ de Gemma, Martin s’empare de son journal intime qui nourrit sa narration. Il évoque l’arrivée du couple, l’étonnement qui fuit le sien et l’angoisse dans laquelle il a été plongé à l’idée de Gemma allait répéter les erreurs de Madame Bovary.

Composé d’une succession de flash-back ponctuée de commentaires de la part de Martin, le déroulement narratif apparaît tantôt être la visualisation des fantasmes et souvenirs de Martin, tantôt le déroulement d’un hypothétique roman qu’il serait en train de composer tandis qu’il parcourt les pages sur lesquelles s’est confiée Gemma. Le roman graphique de Posy Simmonds est un fantastique terreau qui permet à Anne Fontaine de témoigner du caractère intemporel du récit de Flaubert. Toutefois elle n’exploite que superficiellement la folie de son principal protagoniste dont le statut de conteur demeure ambivalent – la fin du film posant d’ailleurs franchement question.

Insufflant à l’ensemble un réelle légèreté de ton, la réalisatrice compose avec une réelle sensualité. Elle filme Gemma Arterton de telle sorte qu’elle la magnifie proprement. Les courbes de son corps mais aussi et surtout sa nuque ou ses expressions nous réjouissent autant qu’ils attisent le désir de Martin. Nombreux sont les plans qui suggèrent son regard tout à la fois exalté de désir et interdit.

Elle croque ses personnages avec une certaine exagération qui deviennent autant de traits d’humour. Les dialogues amusent, les interprétations enchantent. Enrobé d’une musique mielleuse et enchanteresse, le film se savoure comme une brioche encore tiède nous laissant cependant sur notre faim.

Gemma Bovery - poster

GEMMA BOVERY

Réalisation : Anne Fontaine
France – 2014 – 99 min
Distribution : Victory Productions
Comédie dramatique

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