Gabrielle

On 20/10/2013 by Nicolas Gilson

Louise Archambault propose avec GABRIELLE une douce fable mettant en scène les amours et les aspirations « ordinaires » d’une jeune fille atteinte du syndrome de Williams. Derrière un touchant portrait, la réalisatrice pose une question pertinente : n’est-ce pas refuser toute humanité aux personnes handicapées que de les priver de sexualité ?

Gabrielle

- Veux-tu qu’on te ramène ?
- Non, merci. Je ne connais pas le chemin.

Gabrielle (Gabrielle Marion-Rivard) est amoureuse de Martin (Alenxandre Landry), l’un de ses condisciples de la chorale des « Muses de Montréal ». Et Martin est amoureux de Gabrielle. Toutefois, malgré le caractère absolu de la passion qui les emporte, les choses ne sont pas si simples. Leur entourage appréhende différemment leur relation à cause de leur handicap. S’il ne leur est bientôt plus possible de vivre leur amour dans la pureté et la naïveté de leurs sentiments, Gabrielle et Martin sont déterminés à pouvoir s’aimer.

Soudainement privée de la découverte d’un partage d’intimité, Gabrielle est confrontée sans détour à sa différence. Une différence dont elle ne veut pas. Gabrielle mène une vie partiellement autonome (elle travaille et habite avec d’autres personnes handicapées dans une résidence encadrée par un éducateur) et semble épanouie dans la routine de son quotidien même si elle veut prouver qu’elle est apte à faire les choses elle-même. Elle est complice avec sa soeur Sophie (Mélissa Désormeaux-Poulin) qui ne parvient pourtant pas à lui avouer qu’elle va partir vivre en Inde. Une annonce sans cesse reportée une fois que Gabrielle est perturbée par l’impossibilité de voir Martin.

Bien que convenu (voire prévisible), le scénario de Louise Archambault met en place intelligemment une série d’enjeux afin d’aborder tout à la fois les sentiments amoureux qui bouleversent Gabrielle (et son entourage) et son désir d’indépendance. La réalisatrice porte-t-elle le choix d’aborder le sujet au regard de plusieurs points de vue qu’elle arrive à nous fondre au ressenti de la jeune femme tout en nous confrontant au prisme de sa réalité. Plus encore elle questionne avec brio les notions de norme et de liberté individuelle.

Gabrielle Marion-Rivard

- Ordinaire, c’est Martin.
- Ordinaire, c’est tout le monde.

Si le caractère narratif du film s’impose, Louise Archambault le met en scène de manière lumineuse. Elle opte pour une approche privilégiant un cadre serré et une mobilité de la captation : les visages et les gestes des protagonistes deviennent autant de moyens d’expression et nous permettent proprement d’entrer en communion avec eux. Le découpage est pensé avec soin et la lumière revêt une dimension naturaliste.

L’ouverture du film est proprement irradiante. En quelques plans l’interaction entre les différents membres de la chorale est palpable de même que les sentiments partagés par Gabrielle et Martin. La réalisatrice témoigne-t-elle d’une certaine rhétorique qu’elle parvient à transcender l’émoi de Gabrielle, qu’il s’agisse de son désir ou de ses angoisses.

Cependant, à l’instar du scénario qui présente plusieurs points de vue, l’approche est ponctuellement distanciée ce qui engendre un contraste pour le moins saisissant par rapport à l’organicité première. Si l’écriture se ressent alors – et quelques incohérences pointent le bout de leur nez – sans doute est-ce du à une mise en scène plus artificielle et quelque peu éculée.

La musique tient-elle un rôle moteur dans le scénario (la chorale ne chante pas pour rien « Ordinaire » de et avec Robert Charlebois) que Louise Archambault y recourt avec parcimonie et l’emploie à dessein afin d’exacerber le trouble de Gabrielle ou, par opposition, le nôtre. En effet, la réalisatrice opte pour nourrir son film de silence. Un silence qui confère aux images un caractère proprement hypnotique et nous contraint à faire face tant à l’action qu’à l’émoi des protagonistes.

Gabrielle Marion-Rivard et Alexandre Landry sont proprement bluffants à l’instar de l’ensemble de la distribution. Celle-ci est interpellante et pose en un sens les limites auxquelles s’est astreinte la réalisatrice en décidant de travailler avec des personnes handicapées et des comédiens professionnels. Si cela lui permet de tendre à une réelle justesse, cela explique la pudeur (voire le trop plein de pudeur) dont son approche, humaine, témoigne.

Gabrielle - affiche belge

GABRIELLE
♥♥
Réalisation : Louise ARCHAMBAULT
Canada – 2013 – 104 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

FIFF 2013 – Compétition Officielle – Prix du Public

Gabrielle - Louise Archambault

Gabrielle - cinéart

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