Critique : Fuocoammare

On 15/09/2016 by Nicolas Gilson

Avec FUOCOAMMARE (Fire at Sea) Gianfranco Rosi nous immerge au coeur de Lampedusa en initiant une double dynamique visant à nous fondre à l’énergie de Samuele, un gamin habitant l’île, et à devenir témoin de la réalité de la crise de l’immigration vécue par les intervenants locaux et les victimes. Derrière un titre à la résonnance contradictoire, liant le feu et l’eau, s’inscrit le regard pluriel et foncièrement humaniste du réalisateur. Etourdissant.

Fuocoammare00

Après un intertitre ancrant quelques vérités « numérales » qui ont propulsés l’île sur le devant de la scène médiatique, le réalisateur ouvre son film en observant Samuele dont Lampedusa est le terrain de jeu. Une séquence qui, déjà, loue la naïveté de l’enfance et son imaginaire commun. Toutefois avant de développer cet axe narratif, Gianfranco Rosi nous confronte à l’autre réalité de cet espace majestueux bordé d’eaux pour le moins tumultueuses alors qu’une embarcation où se trouvent 250 migrants appelle les autorités maritimes à l’aide avant que celles-ci perdent leur signal. Un situation qui se meut en fait-divers lorsque que l’échouement du bateau est annoncé par la radio locale. La circulation de l’information – qui parvient à la grand-mère de Samuele – pose les bases de la construction narrative du documentaire qui atteste de la démarche du réalisateur de considérer l’île dans sa globalité et dans sa singularité.

Samuele est issu d’une famille de pêcheurs, il porte en lui l’histoire de sa famille qui fait écho à celles des autres habitants. Personnage à part entière, il se (la) raconte devant la caméra de Gianfranco Rosi en prenant tantôt conscience ou l’oubliant pleinement. A travers lui, le réalisateur impressionne la vie de l’île, ordinaire au-delà d’un cadre qui pourrait – devrait – être pittoresque. Récit apriori anodin, le quotidien de Samuele transcende celui de plusieurs générations.

Parallèlement, le réalisateur révèle la mécanique des débarquements en en montrant à le déroulement et les conséquences jusqu’à pénétrer, avec bienveillance, les centres de détentions. Il se fond aux équipes de sauveteurs tout en les observant et se fait le complice du seul médecin de l’île (et dès lors celui de Samuele et de ses habitants). Un témoignage douloureux dont l’émotion est contagieuse qui crie la vérité de la situation.

À la pertinence de l’écriture – une riche composition à voix multiples – répond l’acuité du montage qui nous conduit à mettre en perspective la réalité plurielle de l’île et ses contrastes. De la justesse du cadre – tantôt distancié, tantôt très proche – au travail du son qui, plus encore que l’image, fait de Lampedusa un personnage, la maîtrise du réalisateur est éblouissante, et ce sans jamais tomber dans l’esthétisation tant le film respire son humanité.

FUOCOAMMARE
♥♥♥(♥)
Réalisation : Gianfranco Rosi
Italie / France – 2016 – 108 min
Distribution : Cinéart
Documentaire

Berlin 2016 – Sélection Officielle – Compétition

FuocoammareFuocoammare - Fire at Sea 02Fuocoammare4mise en ligne initiale le 13/02/2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>