Foxfire

On 03/03/2013 by Nicolas Gilson

Au printemps de l’année 1955, Maddy et Leds montent avec trois de leurs amies un gang de filles aux valeurs féministes qu’elles nomment « Foxfire ». Elles prêtent alors serment à leurs propres lois et, avec l’exaltation et la naïveté de leur adolescence, sèment la pagaille dans leur école et leur bourgade. Elles bousculent le cadre d’une société où, à défaut de se fondre dans le moule imposé par la norme, elles ne trouvent pas leur place.

Laurent Cantet adapte le roman « Confessions d’un gang de filles » de Joyce Carol Oates et ce faisant il s’intéresse à la condition de la femme dans la société américaine des années cinquante. Il épouse le point de vue de ses héroïnes – et principalement Maddy qui se révèle d’emblée être la conteuse de cette aventure – tout en mettant en place une dynamique d’observation quant à la réalité transcendée et aux enjeux soulevés.

D’entrée de jeu, le réalisateur propose la photographie de la société qui sert de théâtre à la narration mise en place par une voix-over. Une succession de plans fixes introduit d’abord le décor tout en donnant vie avec réalisme à l’époque évoquée. Sur base d’une approche esthétique privilégiant un cadre serré et qui se révèle organique, le réalisateur nous confronte ensuite rapidement à ses protagonistes dont il capte le regard avec une intensité interpellante. Laurent Cantet semble alors sublimer les visages et confère ainsi à ses héroïnes leur personnalité. Le corps des jeunes filles n’a d’importance qu’aux yeux des protagonistes masculins : par l’objectualisation alors mise en scène le réalisateur traduit une triste réalité, celle du formatage voire de la dépersonnalisation imposés par la société.

L’accroche verbale qui ouvre le film engendre une attente chez le spectateur que Laurent Cantet excite avec acuité : quelles sont les actions commises par la bande des Foxfire ? La première d’entre elle est à la fois un acte de défense et de revanche qui marque l’engagement féministe du groupe. Un professeur appelle une élève au tableau afin de s’en moquer en des termes machistes et injurieux. Un acte déplorable qui, pourtant, tient du quotidien. Les membres de Foxfire se braquent contre la réalité qui les renvoie à leur condition de femme « soumise ». Leurs (ex)actions ont un caractère ludique et exalté, et traduisent leur ingénuité. Cette première partie du film est tonique et passionnante, et l’exaltation des protagonistes est communicative.

Etrangement alors que les jeunes filles évoluent dans une société extrêmement normée, elles apparaissent issues de familles « démissionnaires  et semblent privées d’un réel cadre structurant au sens noble du terme. Elles le construisent donc elle-même : à défaut de trouver leur place dans une société qui les oppresse (et les condamne), elles n’ont d’autre choix que d’en bousculer les limites. Si à jouer avec le feu elles finissent par se bruler, elles ne se découragent pas pour autant et, lorsqu’elles en ont l’occasion, elles décident de vivre en communauté… Si le rythme du film vacille alors, les enjeux en rencontrent d’autres, à l’instar du racisme et des différences de classes, et se complexifient.

Servi d’un excellent casting, FOXFIRE emporte le spectateur dans une aventure dont il se trouve d’emblée le complice puisque Maddy s’adresse à lui en évoquant ses souvenirs et ses notes qu’elle confronte. Laurent Cantet, par sa réalisation, sublime ces impressions en des sensations réalistes. Et bien que le film s’essouffle indéniablement, il ne peut que faire sens !

FOXFIRE
♥♥(♥)
Réalisation : Laurent Cantet
France / Canada – 2012 – 143 min
Distribution : Cinéart
Drame

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