Critique : Floride

On 10/08/2015 by Nicolas Gilson

Adaptation de la pièce à succès « Le père » de Florian Zeller, FLORIDE s’impose comme un affligeant essai cinématographique malmené par Philippe Le Guay. Sous le regard du réalisateur, le texte conduit à l’union malheureuse entre un drame familial assez commun (touchant toutefois de grands bourgeois) et une comédie potache aussi légère que de la crème au beurre. Malgré les nombreuses qualités de son casting aucune émotion n’est transcendée et on ne peut dès lors que pleurer cette ultime interprétation annoncée de Jean Rochefort.

On a encore trois bonnes heures avant l’atterrissage

Claude Lherminier (Jean Rochefort) se joue-t-il de son aide à domicile, en feignant par exemple des malaises, qu’il en a par ailleurs réellement besoin. Un constat qu’il refuse d’accepter et auquel doit faire face sa fille Carole (Sandrine Kiberlain) qui veut éviter autant que possible de le placer en maison de repos. Bien que Claude soit encore vif, sa mémoire pose de plus en plus question jusqu’à pleinement le désorienter…

Floride

D’emblée Philippe Le Guay s’émancipe du texte source en mettant en scène son protagoniste dans les couloirs d’un aéroport. Claude s’envole pour la Floride, il va rejoindre sa fille Alice qui habite à Miami. Une ligne narrative, où l’on retrouve l’homme gentiment turbulent installé dans son fauteuil de première, qui ponctue le scénario au fil du montage. Il s’agit toutefois de rapidement développer la quotidien du personnage en revenant à la trame dramaturgique de Florian Zeller qu’il complexifie d’abord en mettant notamment en scène le hors-champs des dialogues originels.

Puisque vous partez en voyage…

C’est ainsi que l’on rencontre Claude dans ses interactions avec son aide ménagère avant de découvrir sa fille, agacée par ses nombreux appels téléphoniques. Une mise en place simiesque, presque grotesque tant les ficelles sont épaisses et les enjeux d’une évidence aveuglante à l’instar de l’obsession de Claude pour la Floride et de l’attente de sa fille Alice dessinant un basculement narratif qui, à force d’insistance, n’aura pas lieu. Complexifiant une trame pourtant simple à coup de rêves ou de flash-back, voire de flash-forward (n’est-ce pas là le but de la séquence du voyage vers la Floride?), Philippe Le Guay souligne avec tellement d’insistance les éléments moteurs de l’intrigue et de l’évolution de ses personnages que l’on s’ennuie inexorablement. Source de toute révélation, les dialogues sont d’une banalité assez sidérante. Bref à l’exception du basculement final (malheureusement morcelé, le voyage vers la Floride aurait pu tenir en une pleine séquence), le scénario, dans le développement de ses enjeux, est d’une pauvreté totale.

L’artificialité de la mise en scène serait pittoresque si elle était assumée. Constamment entre deux tonalités, l’approche court au grotesque. Rarement un montage a été aussi déplorable, une construction aussi pénible. Sandrine Kiberlain est-elle majestueuse dans le rôle de Carole que jamais son trouble n’est exalté par le réalisateur qui le rend platement monstratif. Au mieux (ou au pire) la mesure des compositions insupportables de Jorge Arriagada, qui enrobent le film de part en part, dicte toute sensation… Que dire des variations autour de « Puisque vous partez en voyage » de Jean Sablon, incessantes et errantes, conduites à leur paroxysme lors du générique final chanté par Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain et qui, au lieu d’insuffler quelque émoi, enjoint à quitter prestement la salle ? Néanmoins le film est aussi plombant que la situation développée ce qui a le mérite d’être cohérent.

floride - afficheFLORIDE
•/♥
Réalisation : Philippe Le Guay
France – 2015 – 110 min
Distribution : Victory
Comédie dramatique

Locarno 2015 – Piazza Grande

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