Five Minutes Of Heaven

On 20/10/2010 by Nicolas Gilson

Olivier Hirschbiegel met en scène un film poignant dont l’esthétique tend à la pure sensation. Il nous confronte au destin croisé de deux hommes dont la rencontre en 1975, en Irlande du Nord à feu et à sang, fut maîtresse de leur vie. Alors adolescent, Alistar a rejoint aveuglément mais avec détermination le groupe UVF. Décidé à tuer un catholique afin d’être porté en héros, il va se retrouver face à Joe, encore enfant, tandis qu’il assassine son frère, par erreur. Alistar fera douze ans de prison avant de vivre de rédemption et de prôner un discours pacifique où il tend à mettre en garde les jeunes face à la dynamique du groupe. Joe, lui, va tenter de survivre avec la hantise de cette mort dont la mère lui a fait porter la culpabilité. C’est un programme de télévision qui va les conduire à se retrouver. Les notions de pardon et de vengeance s’affrontent alors, fondues dans un climat pervers de voyeurisme propre aux médias d’aujourd’hui. Et au-delà ce sont leurs souffrances et leur réalité de vie que le réalisateur allemand parvient à révéler : une troublante expérience.

Les sensations sont multiples. D’emblée notre regard est assimilé à celui de Alistar par le biais d’une voix-over introductive. L’homme porte alors un regard sur son engagement dans le conflit en Irlande du Nord, un conflit qui le dépassait inexorablement. Son visage adolescent, empli de détermination, nous fait face avant que des images d’archives et d’actualité ne nous fassent (re)découvrir l’atrocité d’une réalité. Une réalité dont l’écho est multiple pour ne pas dire universel – indéniablement une des forces du film. L’approche esthétique est brillante, recréant un grain visuel nous plongeant conjointement dans une époque mais aussi dans l’hypothèse de la projection et de l’évocation. Le trouble rapidement s’installe. Un trouble qui est perceptible selon un mouvement d’hésitation – présent tant dans l’écriture, dans la captation qu’au montage – : une sorte de brouillon qui se veut être le bouillonnement réflexif de deux hommes blessés, différemment, par une même situation. Le film se construit en étapes, ne cessant de nous surprendre à mesure qu’il nous ouvre le regard. Les enjeux ne cessent d’évoluer, de se moduler, de se reformuler. A ces évolutions narratives, répondent des modulations esthétiques notables. Olivier Hirschbiegel parvient à mettre en scène avec brio les conflits qui habitent les deux protagonistes. Il ancre une dynamique contrastante d’intériorisation et d’extériorisation des sentiments et du ressenti. Il nous font à la faiblesse alarmante de Joe ; il nous expose la froideur quasi chirurgicale d’Alistair … Avant que tout ne bascule. L’accompagnement musical est lui aussi portant de sens et de sensation. Il n’est dès lors pas anodin de parler d’expérience cinématographique, car longtemps après la vision de FIVE MINUTES OF HEAVEN le film nous habite encore.

Notons que la genèse du film est tout aussi troublante, le film ayant été construit sur base d’entretiens avec Alistair et Joe. L’essence de l’histoire est bien réelle. Et ses échos sont pluriels.

FIVE MINUTES OF HEAVEN
♥♥♥
Réalisation : Olivier HIRSCHBIEGEL
Grande-Bretagne – 2009 – 89 min
Distribution : BFD
Drame
EA

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