Interview : Finnegan Oldfield

On 06/12/2015 by Nicolas Gilson

Véritable révélation du film de Thomas Bidegain, LES COWBOYS, Finnegan Oldfield démarre pourtant le cinéma alors qu’il n’a que 11 ans. Enchainant courts et long-métrages, il travaille avec Toni Gatlif dans GERONIMO, Guillaume Gouix dans MADEMOISELLE, Nabil Ben Yadir dans LA MARCHE avant d’enchainer sur BANG GAND d’Eva Husson REPARER LES VIVANTS de Katell Quillévéré ou encore PARIS EST UNE FETE de Bertrand Bonello. Rencontre chaleureuse avec le héros d’un western moderne.

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Comment êtes-vous arrivé sur le projet ? - Par un casting, plutôt standard avec un directeur de casting que je connaissais déjà, Stéphane Battu. Ses castings sont assez particuliers. Il veut qu’on lui raconte un souvenir qui soit plus ou moins lié au film. Thomas était présent. J’en ai raconté un, puis on a fait des essais. Il y a eu plusieurs rendez-vous. J’étais sur le tournage de NI LE CIEL NI LA TERRE et je faisais des aller-retours pour passer les castings.

Qu’est-ce que qui vous plaisait dans le scénario ? - En premier lieu, c’est le côté aventure avec le père. Sans avoir lu le scénario, Thomas m’a présenté les choses en me disant que je cherchais après ma soeur et puis que je me retrouvais en Inde à conduire un camion et à bosser dans l’humanitaire. Ça fait un peu rêver. Après il m’a parlé d’une famille de cowboys et je n’ai pas compris à ce moment-là où il voulait nous mener, ce dont il voulait nous parler : la vraie guerre des civilisations, de gens qui ne se connaissent pas et qui vont être amenés à se connaitre. Plus j’ai lu le scénario, plus ça m’a plu. Le côté Western du film m’a également bien branché, notamment les références.

Comment, dans votre jeu, avez-vous géré le rapport au temps et l’âge de Kid ? - Le tournage était relativement chronologique. On a commencé en France, puis en Belgique et au Pakistan. Mais en France je devais faire la phase où j’ai 18 ans et celle où j’ai plus ou moins 30 ans. C’était super intéressant. Au début, j’étais assez stressé. Je tourne depuis l’âge de 10 ans, mais je tenais beaucoup à ce film. Je voulais vraiment réussir, du coup ça m’a mis pas mal de pression. Dans la première partie, Kid ne parle pas beaucoup. Il est presque introverti. Ça me faisait du bien de pouvoir me retrancher là-dedans. C’était bien de commencer par cette partie plutôt que le passages en Inde où il s’ouvre tout à coup et devient un homme.

Ce passage d’un âge à l’autre est assez saisissant. La transition fonctionne. - C’était le challenge. C’est ce que m’a demandé Thomas dès le début. C’est un tour de magie. Mais il y a un truc assez simple, physiquement. J’ai commencé à faire des pompes relativement tôt mais j’étais emmitouflé dans des vêtements d’adolescent, du coup quand on te les enlève, on te met les cheveux sur le côté, on te retrousse les manches : tes muscles apparaissent, tu prends une autre carrure et une autre posture ; d’un coup ça marche. Et des fois c’est juste un peu de spray avec de la sueur qui laisse à croire que tu as des poils au torse. Mais il y a quelque chose dans les yeux qu’il faut aussi avoir, ce n’est pas que de la poudre. Ça fait du bien quand on passe un début de tournage où tu ne peux pas pouvoir parler et tout d’un coup on te lâche en Inde, on te file un cheval et John C. Reily : tu n’as plus qu’à prendre les devants.

Thomas a réussi à faire un autre personnage de moi.
C’est complètement différent de ce que j’ai fait.

Qu’est-ce qui était plus excitant ou faisait le plus peur dans le projet ? - Ce qui était excitant, c’était la dernière partie. C’était un challenge. Ce qui me faisait le plus peur… Mine de rien, je devais jouer en anglais. Tout le monde pensais que ça allait aller comme sur des roulettes. Je n’avais jamais fait ça. Ça m’a fait un peu peur. On a travaillé et on y est arrivé. Mais j’ai flippé. D’ailleurs faut que je bosse ça encore un peu.

C’est un joli paradoxe avec votre nom de famille. - Effectivement. Mais entre parler anglais et jouer en anglais, il y a une bonne différence. La spontanéité dans son propre langage est quelque chose d’assez aisé. Les réalisateurs aiment bien que tu te serves de tes mots. Ça semble très familier et donc naturel. Quand on joue en anglais, tu sors une phrase écrite alors que tu n’as pas l’habitude de dire ça comme ça… C’est juste que ça résonne : tu t’entends le dire, tu t’entends jouer en anglais. Mais à partir d’un moment, ça passe.

Votre personnage dit de son père que, comme il savait ce qu’il cherchait, il a réussi sa bien. Est-ce que vous partagez cette idée ? - Oui, je pense bien. Du moment qu’on sait ce qu’on veut et qu’on est prêt à faire certains sacrifices pour l’avoir… C’est un peu ce que j’ai fait aussi. J’ai arrêté l’école relativement tôt. C’est bien de savoir ce qu’on cherche. C’est très rare. Beaucoup de gens suivent les rails qu’on leur impose sans savoir où ils mènent ni pourquoi ils les suivent.

Qu’est-ce que vous cherchez ? - J’ai toujours cherché à avoir une vie un peu « hors du commun », hors d’une routine. Je me plais beaucoup dans le cinéma parce qu’on passe souvent d’une vie, d’une ambiance, à l’autre. Des fois ça marche, des fois pas. Mais quand ça marche, c’est super. Et il n’est jamais trop tard pour retrouver sa routine. Mon vrai rêve, finalement, ce serait de réaliser. On apprend beaucoup sur les tournage et dans les festivals, partout en parlant avec des gens.

En évoquant les festivals, c’est amusant de rapprocher CE N’EST PAS UN FILM DE COWBOYS* et LES COWBOYS** justement. - C’est la première chose à laquelle j’ai pensé quand j’ai vu le titre du film de Bidegain. Je me suis dit que c’était pour moi, qu’il fallait que je le fasse. C’est marrant.

Qu’est-ce que Cannes apporte par rapport aux autres festivals ? - Je pensais au début qu’on n’y rencontrait personne, que c’était du blabla, qu’on venait présenter son film et que les gens étaient là pour boire du champagne. Alors, évidemment les gens boivent beaucoup de champagne – et moi aussi de temps en temps –, mais tu fais de belles rencontres. J’en étais le premier étonné mais j’y ai justement rencontré Katell Quillévéré, qui est venue à la première des COWBOYS et avec qui je tourne maintenant***. On s’est dit il y a deux jours que, comme quoi, ça sert Cannes.

Les cowboys - Thomas Bidegain

Quel rapport avez-vous face à votre propre image dans un film ? Est-ce que vous parvenez à apprécier un film dans lequel vous jouez ? - J’aime énormément voir un film dans lequel je joue. Ensuite, sincèrement, je me regarde toujours. Ce n’est pas une question de « me mater » mais je regarde mon travail. Il me faut toujours regarder cinq fois ce que j’ai fait. Je cherche à corriger un peu, j’essaie de trouver les moments où je suis moi et où je suis le personnage, mes tics de langage. La première fois, il y a énormément d’adrénaline, de plus en plus. Surtout des gros films comme ça où tu as mis beaucoup de coeur, beaucoup de travail. Tu fais toujours un peu de post-synchro avant donc tu vois des images, tu t’entends parler, et, comme tu as fait le film, il ne t’est pas tout à fait inconnu. Mais le montage te dépasse. La première fois, c’est très dur. Mais je pense qu’il faut le revoir et le revoir.

C’est le cas avec LES COWBOYS ? - LES COWBOYS, je l’ai vu quatre fois : à la sortie je me le referais une cinquième fois. On a toujours tendance à se regarder, c’est le problème. Toni Gatlif nous avait dit de ne pas nous regarder sinon nous ne verrions pas le film. Et LES COWBOYS, sincèrement, à la fin, je suis pris pas l’histoire. Et ça, c’est Thomas, c’est le montage, c’est tous ceux qui ont fait le film. Et même, les premières fois, j’étais confus : je ne me reconnaissais pas, j’avais l’impression que j’aurais pu être plus moi-même. Thomas a réussi à faire un autre personnage de moi. C’est complètement différent de ce que j’ai fait. Il y a d’autres films qui me font ça aussi mais, ici, à la fin, c’est Kid. Et ça, je le dois à Thomas.

Est-ce que vous allez souvent au cinéma ? - Oui. Je suis parisien et je vais souvent du côté de la rue des Ecoles. Ils ne font que des rétrospectives. J’ai passé deux ans à y aller tous les jours. Pas pour faire le cinéphile mais parce que j’avais rien d’autre à faire de mes journées, c’était ça ou la piscine. C’était l’occasion.

Si vous dites que la démarche n’est pas cinéphile, ne le devient-elle pas malgré vous ? - C’est pour gouter à tout. Je n’y vais pas avec un carnet pour prendre des notes. J’y vais pour voir des films et réfléchir. On en ressort toujours plein de choses. Il y a des classiques par lesquels il faut absolument passer. C’est marrant parce que des films des années 1950 qui te semblaient barbants t’emportent. C’est surprenant. Des fois, c’est un peu long mais, quand tu le digères, tu te dis que c’était super.

Comme certains des films dans lesquels vous avez joué où l’on est dans un cinéma plus intellectuel où, souvent, la narration prime. - Oui, LES COWBOYS, par exemple, il faut croire à cette histoire ; il faut se laisser emmener ; il faut être patient. C’est pour ça que je peux comprendre que les avis divergent à propos de ce film. Au final, si on y croit, on n’est pas déçu.

Est-ce qu’un film a été moteur, révélateur ? - Ma mère m’a montré des films qui n’étaient pas trop pour mon âge ; des films comme ceux de David Lynch, des films étranges. Elle me faisait voir des bons films, des films « Arte ». A 11 ans elle m’avait fait voir BARRY LYNDON et je trouvais ça relou, et puis, t’es pris dans le truc. Je me rappelle que je n’arrivais pas à quitter le canapé et que j’ai regardé le film en entier. Et plus tard tu comprends que c’était Kubrick. Du coup, j’adore Kubrick. En grandissant, mon film préféré, qui peut paraître cliché, c’est ORANGE MECANIQUE. Parallèlement, il y a LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND que je regardais avec mon meilleur ami et qui m’a toujours énormément inspiré. Il m’a donné envie de faire des Westerns. Et je suis plutôt bien tombé je pense.

*Court-métrage réalisé par Benjamin Parent, présenté à la Semaine de la Critique en 2012
**Présenté en première mondiale à la 47 ème Quinzaine des Réalisateurs
***Interview réalisée en octobre 2015
Interview réalisée dans le cadre du 42 ème Film Fest Gent

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