Critique : Fidelio, l’Odyssée d’Alice

On 03/08/2015 by Nicolas Gilson

Au bord du Fidelio, Lucie Borleteau nous embarque dans une odyssée amoureuse et féministe. Mettant en scène une mécanicienne animée de passions, la réalisatrice signe la photographie nette d’une réalité trouble ; microcosme masculiniste, miroir d’une société et de ses remous. Un premier long-métrage sensationnel (dans les deux sens du terme) emporté par la majestueuse Ariane Labed.

Messieurs

Alice part en mer pour une mission de plusieurs mois sur un vieux cargo, rebaptisé Fidelio. Second mécanicien, elle remplace au pied levé un homme mort en mer. Héritant de la cabine de son prédécesseur, elle y trouve un carnet de notes dont la lecture nourrit quelque mélancolie. En couple avec Félix, un illustrateur norvégien, elle a pour capitaine Gaël, son premier grand amour. Ce qui se passe en mer reste en mer…

Fidelio l odyséée d'alice - Ariane Labed

En guise de prologue, Lucie Borleteau nous fond à la complicité amoureuse qui unit, réunit Alice et Félix. Les gestes sont tendres, les mots plus crus : l’ardeur de la passion s’impose tout comme la franchise de leur relation. À n’en pas douter l’un et l’autre s’aiment. Irradiante représentation qui ancre une allégorie inversant les rôles induits par les normes soci(ét)ales : Alice est un marin qui s’en va en mer, Félix l’attendra.

Seule femme à bord de l’imposant cargo, Alice ouvre malgré elle un dialogue entre l’époque révolue de son écolage et la vigueur de ses passions. Celui-ci se fait à plusieurs voix au fil de sa correspondance avec Félix, de la lecture des notes du précédant second et de la traversée. Autant de cordes qui nourrissent l’écriture du scénario (et guident celles du montage). À mesure que s’ancre la diégèse, entre les croyances de certains et le racisme d’autres, la réalisatrice saisit la complexité des enjeux sociaux que renferme le navire. Epousant le regard et l’énergie d’Alice, elle transcende peu à peu la réalité d’un équipage où la protagoniste doit (à l’instar de toute femme dans la société) imposer sa place. Miroir complexe et éclatant, le Fidelio apparaît être un personnage à part entière, théâtre d’un huis-clos introspectif.

Ariane-Labed-et-Melvil-Poupaud-Fidelio-l-odyssée-d-Alice

FIDELIO est une rencontre intime avec Alice. A la complicité avec Félix répond celle avec un navire à l’hiver de sa vie qui a été le témoin de son évolution. Retrouver Gaël permet à la femme qu’elle est devenue de saluer la naïveté qui l’a quitté : une femme qui distingue ses sentiments et leur nature, qui assume sa sexualité et jouit de sa liberté. Un portrait d’autant plus subjuguant qu’il paraît sans tabou et absolu.

L’approche esthétique permet de sublimer l’intime tout en nous immergeant au coeur du cargo et de l’océan. La séquentialité de scènes les rend-elle plus réalistes que la photographie (et le choix du scope) permet de ressentir tantôt le confinement de l’espace, tantôt son ouverture tandis que la modulation des valeurs de plan (permettant notamment de magnifier les corps) devient le gage d’une connivence avec le personnage d’Alice. Parallèlement, l’orchestration musicale souligne l’hypothèse romanesque avec laquelle flirte habilement la réalisatrice.

Le romanesque se retrouve-t-il quelque peu dans les interactions amoureuses que la justesse d’interprétation est d’autant plus stupéfiante qu’elle devient le gage d’une impression réaliste.

Fidelio

FIDELIO – L’odyssée d’Alice
♥♥
Réalisation : Lucie Borleteau
France – 2014 – 97 min
Distribution : Lumière
Comédie dramatique / Romance

Locarno 2014

anders Danielsen Lie - Ariane Labed Ariane_Labed_Fidelio

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