Fame

On 06/10/2009 by Nicolas Gilson

Triste remake du film éponyme réalisé par Alan Parker en 1980 et consacré par un Oscars, FAME version 2009 est un pur navet commercial, sans âme et dépourvu de la moindre profondeur. Reposant sur une plate vulgarisation d’un scénario original dense et pluriel, privilégiant la mise en place de scènettes toutes plus clichées les unes que les autres, le film de Kevin Tancharoen n’est pas seulement décevant, il est âprement désolant. Car en tout état de cause, indépendamment de l’oeuvre originale, FAME est un film cruellement démonstratif, creux et superficiel.

Le film d’Alan Parker propose au spectateur de s’immiscer au sein d’un microcosme particulier. Il s’agit de la réelle découverte d’un univers singulier, celui de la High School of Performing Arts de New-York. La séquence d’ouverture présente trois principales hypothèses : le lieu, les élèves et les professeurs. L’euphorie et le stress des auditions permettent de les rencontrer mais aussi de les assimiler les uns aux autres. Ces trois entités n’en forment en un sens qu’une seule, à envisager cependant comme un réel prisme aux multiples facettes. Car du microcosme, Alan Parker nous conduit au macrocosme : FAME revêt le visage d’une pleine société. L’identitaire des personnages, les situations auxquelles ils sont confrontées permettent d’envisager le monde dans lesquelles ils s’inscrivent. Les questions de racisme, de multiculturalité, de pluriethnie, d’homosexualité, d’homophobie, d’avortement ou encore d’abus sexuel y sont abordées intelligemment. Alan Parker y capte avec brio «l’air du temps» : il parvient à esquisser le portrait d’une société à un moment donné. Les chapitres qui construisent le film permettent d’envisager les quelques années d’études constituant le parcours au sein de l’école. Trois années où les différents protagonistes se révèlent peu à peu. Trois années les conduisant à une certaine maturité ; celle d’envisager le monde, celle de comprendre la place qui y est la leur. Le spectateur ne peut échapper à un questionnement pluriel sur le monde au sein duquel lui-même s’inscrit. Mais FAME est aussi un divertissement mêlant musique, danse et jeu dramatique. Une séquence marque particulièrement les esprits – celle où le morceau le plus connu de la bande originale composée par Michael Gore prend place : la rue en est le théâtre, tous les étudiants dansent, improvisent et semblent entrer en communion sur Fame, et au-delà le monde environnant y adhère. Alan Parker met en scène un réel film de société, accessible et intelligent.

Dans la version de Tancharoen, ne reste de cela que le chapitrage. Le prisme sociétal laisse place à un capharnaüm sans queue ni tête, la profondeur narrative des séquences est gommée par une succession de scènes sans intérêt âprement banales et éculées, la diversité est remplacée par un consensualisme indépassable … même la notion de cours disparaît, et avec elle l’idée de transmission de savoir voire d’apprentissage. Contrarier l’ordre établit n’a plus de sens, la société semblant être enfin définie une fois pour toute, ne posant plus de question … bref ; n’étant en somme que le théâtre de situations attendues. La vulgarisation apportée est telle que la capacité cérébrale des spectateurs visés est à mettre en cause, car tristement les enjeux dramatiques de nombres de séquences du film d’Alan Parker sont retravaillées bien pauvrement. Exit les questions d’avortement, de diversité ethnique, de multiculturalité, d’homosexualité … Les différents personnages sont lisses à souhait et semblent répondre à un pur casting de jeu télévisé. En fait, les protagonistes s’avèrent artistes au même titre que les candidats à la Star Academy … D’ailleurs les rares répliques du corps enseignant semblent tout droit sortir de la bouche des formateurs télévisuels : l’artiste ne se doit-il pas de ressentir ce qu’il chante afin de transmettre ses émotions au public ? Mais comme des émotions éprouvées FAME n’en contient pas, la technique tente de faire tressaillir le spectateur : du conditionnement musical à l’emploi d’effets visuels le but est de gaver le spectateur, de lui en mettre plein la vue comme s’il était confronté à un feu d’artifice. Et le bouquet final, un numéro proche du ridicule où résonne «Don’t be affraid to succeed», le conduit enfin à ouïr ce pourquoi il est là «Fame», dans sa version sans le moindre doute la plus pénible, en générique de fin.

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