Fabienne Berthaud : Entrevue

On 29/11/2010 by Nicolas Gilson

Rencontre avec Fabienne Berthaud autour de son film PIEDS NUS SUR LES LIMACES lors de sa présentation en compétition officielle au 25 ème Festival du film Francophone de Namur. L’interview fut réalisée pour Le Quotidien du FIFF.

Vous êtes déjà venue au festival. Vous en gardez un bon souvenir ?

Oui, sinon je ne serais pas là. J’aime beaucoup venir ici. Ce n’est pas parce que l’on est en Belgique. Mais j’adore la Belgique, j’adore le cinéma belge. Et je trouve qu’il y a un vrai ton que l’on a peut-être moins en France.

Parlez-nous de la genèse du projet : du film au roman, du roman au film.

Pendant que je tournais FRANKIE, j’ai rencontré ce personnage qui m’a inspiré le roman. Et une fois que j’ai eu fini ce roman, la question s’est posée de savoir ce que j’allais faire comme prochain film… et, franchement, c’était cohérent pour moi d’adapter PIEDS NUS SUR LES LIMACES. Parce que c’est un prolongement de ce sujet qui me tient à cœur : la fragilité, la bascule, la différence des gens. En faisant ce que j’appelle mon deuxième premier film, puisque là j’avais une équipe, c’était comme un vrai film. Diane Kruger n’arrêtait pas de me dire ça sur le tournage : « Attends, tu es en train de faire un
vrai film là ». C’était super drôle. C’est un prolongement de ça.

On est dans la fiction, pourtant les gestes sont très justes au point que l’on quitte toute idée de représentation ou d’interprétation.

Oui, c’est cela. Parce que je me dis tout le temps ça, enfin je me mets dans la tête : « Tu es en train de faire un documentaire sur les gens ». Même si on raconte une histoire, c’est un documentaire sur les gens. Je gard toujours ça de l’esprit.

Cette caméra mobile naît-elle de là ?

Sans doute. Et puis je cadre moi-même. Donc j’ai besoin de légèreté. Je ne découpe pas. Je ne fais pas de clap.

Vous travaillez sans clap !?

Ben, il y a du son, tout est en numérique… Parfois ils essayaient de faire des claps de fin, mais j’oubliais toujours. (rires) Donc ils disaient : « Bon, c’est bon, on oublie aussi les claps de fin ». Je n’ai pas appris à faire des films, je tourne à ma façon. Du coup, le clap je ne comprends pas à quoi ça sert. Enfin si, je sais.

L’équipe plus légère vous permet cela aussi.

Oui, évidemment. Tout est en symbiose, tout va avec cette façon de travailler. C’est sûr qu’il y a des gens avec qui je pourrais pas travailler, parce que eux-mêmes ne comprendraient pas ma façon de travailler.

Le film est lumineux.

Ça faisait partie de cette envie de faire un film comme ça. On tournait à certaines heures de la journée en ayant fait des repérages. Parfois, quand la lumière était belle, on tournait à un endroit à la place d’un autre. Comme on était légers, on pouvait y aller. C’était simple. Et on était surtout dans un décor unique. On pouvait tout changer si on voulait. Et puis, j’avais une chef-opérateur qui était d’une délicatesse merveilleuse. Car moi j’ai peur de la lumière, j’ai peur qu’on me bloque si tout à coup je décide de changer d’axe… Toutes les scènes étaient éclairées mais je ne m’en rendais pas vraiment compte.

Les dialogues sont très fins. L’écriture a dû être amusante ?

Oui c’était très drôle. Ça sortait tout seul. Parce que, en fait, Lily est ce qu’on aimerait tous
être. Il y a des tas de choses qui sont venues toutes seules. Je me souviens de cette phrase qui marque le film : « Moi j’ai fait médecine, mais du côté des malades ». Le jour où j’ai trouvé ça, j’étais tellement contente que je riais toute seule. C’est venu tout seul, je ne sais pas comment. Quand on écrit un film, on est comme un acteur qui joue, on est dans la peau du personnage.

La notion de rencontre est importante, dans et autour du film. Notamment celle de Valerie Delis.

Évidemment ! C’est un élément essentiel du film. Quand j’étais à un moment d’écriture du scénario, je me disais : « Il faut que je trouve une artiste, qui soit une artiste Lily ». Et je suis allé voir un film où il y avait une peau de bête posée sur un truc. J’ai demandé au producteur : « Qui est-ce qui t’a fait la peau de chevreuil ? » Et il m’a dit que je devrais
la rencontrer, aller la voir. Elle a lu le roman. Moi je suis arrivé chez elle, je regardais tout ce qu’elle faisait. J’ai dit : « C’est génial ! » Et après, du coup, j’ai transformé mon personnage et ce qu’elle faisait en fonction du travail de cette artiste. Elle m’a donné ses œuvres pour les donner à Lily.

Comment avez-vous choisi Ludivine Sagnier ?

Ludivine, quand je l’ai rencontrée, j’ai eu l’impression de la connaître depuis toujours. Je ne sais pas pourquoi. Je connais un peu sa carrière. Franchement, j’avais vu un court métrage il y a longtemps. Je me souvenais d’elle dans ce court métrage qui s’appelait ACIDES ANIMES. Et elle était géniale. (…) Je lui ai envoyé le scénario. Elle l’a lu très vite. Elle m’a appelée, on a bu un café, on a discuté deux heures. Après il y a eu une étape « rencontre avec Diane », un peu de lecture du texte, pour voir si ça marchait bien entre les deux. Et tout de suite ça a marché aussi. Il n’y a pas de hasard, je crois. Quand les choses doivent se faire, elle se font.

Dans le film, Ludivine Sagnier change physiquement de manière stupéfiante.

Elle a cette grande capacité à changer de visage. Elle a des expressions qui basculent en un dixième de seconde. Dans ce film, elle s’est vraiment laissée aller. Elle donne. Elle est comme Lily en fait ! Bien sûr, on se comprend bien, elle n’est pas Lily. Elle donne avec autant de générosité pour son métier. Elle travaille sans filet, elle s’en fout d’être pas belle ou belle. Et c’est rare pour une actrice. Elle n’est pas sous contrôle, souvent les actrices le sont.

Vous fonctionner par casting aussi ?

Oui, oui mais je n’aime pas trop les castings. Mais, moi, même si les acteurs ne sont pas bons aux essais, je peux les prendre. Parce que ce n’est pas parce qu’on se trompe aux essais que l’on n’est pas bon. Et puis c’est dur les essais. C’est difficile, c’est ingrat.

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