Everybody in Our Family

On 04/11/2013 by Nicolas Gilson

Avec EVERYBODY IN OUR FAMILY, Radu Jude met en scène un huis-clos détonnant nourri de la réalité d’un microcosme familial et de la frustration d’un père. Il capte avec brio les éléments du quotidien, à la fois singuliers et communs, de ses protagonistes jusqu’à nous confronter à un surprenant basculement.

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Père d’une enfant de cinq ans, Marius est divorcé et ne voit sa fille Sofia que lorsque la loi le lui autorise. Lorsqu’il peut enfin l’emmener en week-end et qu’il va la chercher, son ex-belle-mère lui annonce que Sofia ne peut pas partir parce qu’elle est malade. Décidé à faire respecter son droit, il accepte d’attendre son ex-femme avec qui pourtant aucun dialogue n’est possible…

A travers une approche hyper-réaliste Radu Jude livre la photographie d’une cellule familiale dont Marius est le noyau. Le scénario se construit par touches successives afin de mettre en place le principal enjeu, la frustration d’un homme qui ne voit sa fille que très peu. Ce jour-là, si Marius se fait une fête de l’emmener à la mer, rien ne se passe comme prévu. Il quitte son studio pour se rendre chez ses parents dont il peine à récupérer la voiture, essuyant alors leurs remarques tout à la fois attentionnées et assassines. Enfin rendu chez son ex-femme, l’appartement dont il a été dépossédé devient le théâtre d’un impressionnant huis-clos.

D’entrée de jeu les détails sont significatifs à l’instar du décor qui permet d’appréhender la personnalité de Marius. Et si son studio en dit long sur lui, le gestes qu’il pose excitent notre curiosité. Le désir de voir sa fille et de passer du temps avec elle est peu à peu exacerbé tout en ancrant un singulier paradoxe puisque ses parents se plaignent de ne pas le voir… Au fil des échanges dialogiques et des nerveuses interactions, les protagonistes et leur réalité se révèlent.

Toata lumea din familia noastra

Mais les rapports humains deviennent d’autant plus pertinents lorsque aucun dialogue ne semble possible. Ainsi, alors que Marius entretient une relation complice avec son ex-belle-mère et s’occupe de manière irradiante de Sofia, il méprise le nouveau compagnon de sa femme et est incapable d’entrer en communication elle et ce d’autant plus qu’elle l’ignore proprement. Peu à peu son comportement est tel que Marius s’irrite irrémédiablement, lui qui cherche simplement à faire valoir son droit de visite, et la situation dégénère de manière inattendue. Et si nous n’avons aucune autre contextualisation que l’évocation, nous sommes confrontés à la douleur qu’un père ne parvient plus à taire.

Le scénario est impressionnant de par son apparente banalité. L’approche, qui donne à chaque détail du quotidien une discrète importance, se construit sous la primauté du point de vue de Marius que nous suivons presque sans nous en détacher. Alors que sa fille est le centre de son attention, elle permet au réalisateur de mettre en perspective les évènements qui s’enchainent au regard de la naïveté de la perception qu’elle en a. Et s’il y a dans la construction beaucoup d’humour, celui-ci est tout à la fois grisant et glaçant à l’image de la réalité mise en scène où se côtoient amour et haine viscérale.

La réalisation exacerbe en tout point l’hyper-réalisme de l’écriture. La lumière et le son atteste d’une abrupte justesse si bien que seul le découpage semble assoir l’hypothèse fictionnelle. Radu Jude attise la nervosité des protagonistes et met en scène leur exaltation à travers la mobilité du cadre qui apparaît être son regard sur les situations. Curieux paradoxe que cette caméra dont la présence se ressent sans cesse tout en paraissant inexistante pour les comédiens dont la justesse d’interprétation – l’incarnation – est éblouissante. C’est ici que réside le tour de force du réalisateur tant l’ensemble du casting, emporté par Erban Pavlu (Marius) et Sofia Nicolaescu (Sofia), est magistral.

Everybody in our family

EVERYBODY IN OUR FAMILY
Toata lumea din familia noastra
PAPA VIENT DIMANCHE
♥♥(♥)
Réalisation : Radu JUDE
Roumanie / Pays-Bas – 2012 – 107 min
Distribution : Numéro Zéro
Drame

Berlinale 2012 – Forum
FIFF 2012 – Compétition Officielle

Papa vient dimanche

Bayard d’Or du Meilleur Film / Bayard d’Or du Meilleur Comédien FIFF 2012

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