Critique : Equals

On 13/08/2016 by Nicolas Gilson

Avec EQUALS, Drake Doremus nous plonge dans un récit d’anticipation dont le scénario, pourtant bien maigre, est difficile à avaler tant les illogismes sont nombreux. Est-elle orchestrée avec panache que la rhétorique esthétique est tellement limpide qu’elle en devient ennuyeuse. Emporté par Nicolas Hoult et Kristen Stewart, le film manque cruellement d’émotion tant celle-ci apparaît affectée. Un comble puisqu’elle est le moteur même de l’intrigue. Pataud.

« It’s difficult to see things and not be moved »

Silas (Nicholas Hoult) et Nia (Kristen Stewart) vivent dans un monde où les interactions physiques entre individus n’existent pas. Des appartements, carré et fonctionnel, à la répartition du travail, tout est formaté et impersonnel. Travaillant pourtant comme créatifs, l’un et l’autre, à l’instar de l’ensemble de la population, ne sont pas pourvus d’émotions. Celles-ci sont d’ailleurs considérées comme une maladie, le SOS. Détectable par le sang, le virus dont on ignore réellement le degré de contagion se développe en plusieurs phases dont la dernière est l’assurance de la mort. Silas, comme hypnotisé par Nia, commence à ressentir un trouble vertigineux : l’émotion amoureuse.

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La mise en place de l’intrigue et des enjeux est-elle efficace qu’elle est platement démonstrative. La froideur définissant cette société futuriste se retrouve dans la fixité du cadre et la coloration bleutée de la lumière. Les protagonistes avancent comme des zombies, s’adressant la parole sans se regarder. Fondu au regard de Silas, nous découvrons ce monde à travers lui. Les dialogues sont-ils maigres qu’ils sont tous informatifs. Le désir naissant de Silas pour Nia s’ancre visuellement, morcellement proprement sa collègue en objet(s) de son regard. Pourvu d’émotion nous comprenons aisément les vertiges qu’il ne peut nommer…

Le développement narratif est à ce point limpide que leur rencontre se veut inévitable (ou plutôt fatale). Mais l’amusant tient non pas du développement grotesque qui s’en suit – le genre ne veut-il pas que nous soyons crédules ? – mais de l’absence de cohérence de l’ensemble et surtout de son artificialté crétine. Dans une collectivité individuelle, où tout appartement est une sphère entièrement privée, il apparaît par exemple logique d’avoir un canapé deux places. Dans cette société où les contacts physiques sont interdits, il apparaît normal que deux individus qui se désirent songent d’emblée à s’embrasser et, sans parcourir le corps l’un de l’autre ni avoir le moindre modèle, découvrent le plaisir du coït. Autant dire que Silas, qui semble découvrir le sensation en se touchant le bout du poignet sous la douche dans la prime partie du film, apprend vite !

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Cela importerait sans doute peu si le développement narratif témoignait de quelque rigueur. Mais à l’inverse, il est d’une platitude désolante, s’ouvrant notamment sur plusieurs points de vue sans jamais les développer. C’est que l’efficacité prime. D’abord fondus au ressenti de Silas, nous épousons le regard de Nia lorsque nécessaire sans pourtant rien n’apprendre d’elle autrement qu’à travers le dialogue ou la représentation évidente de son psyché. Quelques autres protagonistes reprennent le flambeau lorsque l’action l’exige. Bref, Nathan Parker manque cruellement d’inspiration ou de talent.

Platement esthétisant, derrière la bêtise de son scénario, le film est une parfaite démonstration au fil de l’évolution de l’approche esthétique. L’incursion du mouvement et ensuite son développement, répondent à la fixité et au morcellement premiers tandis que les teintes chromatiques se réchauffent à mesure que les corps partagent quelque transport. La rhétorique fonctionne-t-elle qu’elle devient irritante tant aucune émotion n’est au rendez-vous. L’ensembe est tellement affecté qu’il en devient risible. « S’il est difficile de ne pas s’émouvoir », ce n’est tristement pas le cas ici tant il n’y a rien.

EQUALS

Réalisation : Drake Doremus
USA – 2015 – 101 min
Distribution : eOne
Anticipation

Venise 2015 – Sélection Officielle – Compétition

Equals affiche posterEquals_venezia72mise en ligne initiale le 5/09/2015Equals - film - critique

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