Emmanuel Mouret : Entrevue

On 01/12/2011 by Nicolas Gilson

Le réalisateur de CHANGEMENT D’ADRESSE, UN BAISER S’IL VOUS PLAIT et FAIS-MOI PLAISIR était présent au Festival International du Film Francophone de Namur à l’occasion de la présentation de son film L’ART D’AIMER. Rencontre avec Emmanuel Mouret qui, à travers l’ensemble de ses films, a su imposer un style et un ton.


On vous présente souvent comme le Woody Allen français. Cette étiquette vous ennuie-t-elle ?

Cela me fait plaisir, parce que j’ai évidemment beaucoup d’admiration pour Woody Allen. Après cela m’embarrasse un petit peu. Car c’est un grand cinéaste et je ne me considère pas comme un grand cinéaste. Je n’ai pas de recul sur moi.

Ni de prétention.

J’espère en avoir le moins. J’essaie à prétendre de faire le mieux possible mais je n’ai pas de prétention sur ce que j’ai fait.

Comment appréhendez-vous la figure féminine, toujours sublimée dans vos films ?

Tout part de moi. Je fais parler les personnages masculins comme je parle dans cette situation-là et de même pour les personnages féminins. Ils sont d’ailleurs ceux que j’ai le plus de plaisir à écrire : j’ai l’impression que je me mets sous une peau féminine – avec ce que je suis, parce que je pense que mes personnages féminins-masculins pourraient être interchangeables. J’y mets aussi un plus grand plaisir et une plus grande énergie parce que, souvent, ce sont les personnages moteurs de mes histoires. Ce sont des personnes qui, j’espère, ravissent le regard. Ce sont des personnages qui ont une capacité de surprise et d’émerveillement. Ce qui est une chose propre au cinéma. Je me laisse plus aller avec les personnages féminins. Je m’exprime peut-être plus à travers eux qu’avec les personnages masculins.

Il y a dans tous vos film à la fois un comique de situation et un comique lié à la caractérisation des personnages, comment trouvez-vous le juste équilibre ?

Souvent le caractère arrive au casting. Mes dialogues ne sont pas caractérisés par l’écriture, ce sont plutôt des questionnements à voix haute. Cela demande de trouver des comédiens et des comédiennes dans lesquels on peut trouver de vrais contrastes et qui sont haut en couleur.

Vous êtes plus en retrait dans L’ART D’AIMER contrairement à vos précédents films. Pourquoi ?

Au départ je pensais ne pas jouer du tout pour varier et pour le plaisir de travailler avec d’autres comédiens. Je me suis retrouvé un peu par hasard dans mes films. Ce n’est pas dans mon ambition. Comme on avait beaucoup de comédiens en peu de temps de tournage, je me suis dit que si, dans le plan de travail, il y a un comédien qui ne peut pas, je serais le remplaçant. Et donc j’ai remplacé un comédien.

Pourquoi un film à sketchs ?

J’ai toujours sur des cahiers des situations ou des squelettes d’histoires qui m’intéressent. Certaines d’entre elles me plaisaient mais ne me semblaient pas assez longues pour un long-métrage ou demandaient la création d’autre chose. Je me suis dit que les rassembler, alors qu’elles auraient un lien thématique, me permettrait de faire un film très riche, très rythmé. C’est l’idée du titre, L’ART D’AIMER, qui m’a donné celle de mettre ces différentes histoires ensemble et d’aller, chaque fois, à l’essentiel pour faire un film qui, je l’espère, avance très vite.

Pourquoi avoir placé d’entrée de jeu la séquence peut-être la plus triste du film ?

Parce que c’est une histoire qui commence comme un conte – je l’avais d’ailleurs conçue comme un prologue, qui nous met dans le merveilleux – et qu’avec ce côté un peu plus grave, elle permettait au spectateur de se dire, après, avec des situations drôles, que l’on peut à la fois sourire et être touché. C’est un film drôle où il y a aussi des moments sensibles. Ce prologue permettait de faire apparaître une plus grande différenciation de tonalité entre les histoires.

Il y a aussi un jeu autour de la musique.

Il y a à la fois une idée de conte et quelque chose de tellement enfantin que je trouvais ça beau. Je n’y ai pas tant réfléchi que ça. Je trouvais ça assez joli. Cela m’a plu.

Pourrait-on définir l’atmosphère de L’ART D’AIMER comme celle d’une joyeuse naïveté ?

Tout dépend ce qu’on entend par naïveté. Le côté positif de la naïveté c’est d’être près de ce qu’on ressent. Après la naïveté peut être aussi une forme de bêtise qui nous écarte de ce que l’on ressent. Peut-être que je préfère le terme d’innocence. “Joyeuse naïveté“ me convient dans le sens où j’aime bien le mot “joyeux“ et que peut-être le premier élan que j’ai eu enfant vers le cinéma était quelque chose de l’ordre du plaisir et d’une certaine joie – parce qu’il était au départ assez rare pour moi de voir des films. Et je crois que je suis attaché à cette notion de joie et d’émerveillement parce que je fais des films avec mon innocence d’enfant.

Quelle est l’importance des mots dans votre vie ?

Les mots, c’est la vie. Même si on en a peu. Jacques Lacan disait – il me semble que c’est lui et j’espère ne pas être présomptueux en disant cela – : “On ne voit que ce que l’on nomme“. Donc oui, les mots ont beaucoup d’importance. Et puis, en ce qui concerne notre vie sociale et notre vie du désir : on va parler pour rester ensemble, pour être intéressant pour l’autre, pour le retenir, pour voir ce qu’il ressent. Est-ce que l’on fait l’amour sans avoir des mots dans sa tête ?

Comment avez-vous découvert le cinéma et quand avez-vous décidé d’en faire ?

J’ai eu envie d’en faire alors que je devais avoir douze ans. Parce que ça change tout le temps, j’aimais bien l’idée d’inventer des histoires… le côté complètement fantasmé. Et puis le hasard de la vie a fait que toutes les épreuves par lesquelles il faut passer pour faire du cinéma ne me rebutaient pas et me plaisent finalement. Cela convenait à ma propre nature. J’aurais voulu être pompier, je n’aurais pas eu le physique qu’il faut. Le cinéma ça a marché avec mes tares.

Votre premier souvenir de cinéma ?

C’est assez flou. Cela change un peu selon les fois où j’essaie de m’en souvenir. Je pense que cela a été d’abord la télévision chez ma grand-mère et ce n’était pas forcément du cinéma mais c’était le cirque, des clowns.

Quelle est la question que vous aimeriez que l’on vous pose ?

Je n’y ai pas encore réfléchi. (…) La question reviendrait à dire “Qu’est-ce que vous voulez dire un petit peu de vous et du film ?“. C’est toujours un exercice mais je n’ai rien de particulier à dire où à rajouter. Si tous les journalistes me disaient “j’ai adoré, je n’ai absolument aucune question mais j’ai adoré“, ça m’irait parfaitement.

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