Elena

On 20/03/2012 by Nicolas Gilson

Film d’une rare force à l’approche esthétique majestueuse, ELENA glace le sang à travers la mise en scène d’un récit apparemment banal révélateur d’une société gangrénée. Elena (superbe Nadezha Markina à l’instar de l’ensemble du casting) est mariée à Vladimir. Son fils, issus d’un précédent mariage, est sans emploi et lui demande de l’argent pour garantir l’éducation de son petit-fils en payant une série d’ayant-droits. Vladimir a de l’argent mais considère que le fils d’Elena, à qui il a déjà accordé un prêt, doit se débrouiller seul. Elena est désespérée. Lorsque Vladimir a un malaise cardiaque, il lui annonce qu’il va acter d’un testament en faveur de sa seule fille – oisive et éloignée de son père, elle est, elle aussi, issue d’un précédent mariage. Elena, qui pense à son petit-fils, est alors dévastée et décide d’agir…

Andreï Zviaguintsev met en place avec grande habilité une série d’enjeux dont la portée dépasse le microcosme premier. La situation décrite dans ELENA est celle symptomatique d’une société russe en perdition aveuglement patriarcale. La construction du scénario (co-signé par Oleg Negin) est brillante et repose sur une ritualisation pleine de sens qui permet notamment d’appréhender Elena dans un rôle d’épouse et de mère ; un rôle de femme dont les gestes sont conditionnés en fonction des hommes. Si Elena est sans conteste la protagoniste principale, le point de vue privilégié est celui de la situation : aussi celle-ci se découvre sous le regards de l’ensemble des protagonistes afin d’en saisir les enjeux. Vladimir, sa fille, le fils d’Elena, sa belle-fille ou encore son petit-fils permettent ainsi d’envisager la complexité d’un contexte qui devient vecteur de sens.

Avec une grande économie Andreï Zviaguintsev insuffle une dimension réaliste aux situations qu’il met en scène toute en conduisant à une réelle dimension empathique : nous épousons le regard d’Elena et ressentons son désarroi. La photographie est admirable et atteste de l’acuité du le réalisateur : le cadre fait sens nous fondant tantôt à l’action avant de nous y confronter avec une distanciation révélatrice. Au-delà des gestes, les détails, comme les décors et les costumes, sont eux-aussi éloquents. Si la photographie conduit à une série de sensations, l’emploi de la musique est également vecteur de sens. Andreï Zviaguintsev y recourt avec parcimonie et, ce faisant, il établit un climat singulier. Celle-ci, bien qu’extradigétique, est toujours gommée par les sons directs des rares scènes dans lesquelles elle prend place, et ce statut attise notre curiosité.

ELENA est un film déroutant, brillamment écrit et mis en scène avec maîtrise. Splendide.

ELENA
♥♥♥(♥)
Réalisation : Andreï ZVIAGUINTSEV
Russie – 2011 – 109 min
Distribution : Imagine
Drame

Cannes 2011 – Un Certain Regard – Prix Spécial du Jury

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