Elefante Blanco

On 05/03/2013 by Nicolas Gilson

Pablo Trapero met en scène un film pour peu sinueux qui dresse malgré tout une impressionnante photographie des bidonvilles de Buenos Aires. Si le réalisateur parvient ponctuellement à sublimer une cruelle réalité, il entremêle diverses destinées sans en transcender le trouble pourtant moteur de son scénario.

L’ouverture du film, déjà, mélange les pistes narratives et apparaît tout à la fois démonstrative et atmosphérique. Plusieurs séquences s’enchainent afin de susciter en nous la curiosité tout en nous confrontant à des situations dramatiques motrices.

Julian passe un scanner du cerveau. Nicolas est anéanti face à une série d’assassinats par des forces paramilitaires sous ses yeux. S’il échappe à la mort, il est néanmoins blessé et choqué. Julian qui vient le chercher lui sauve en somme la vie. Ensemble ils se rendent à Buenos Aires. Durant cette longue introduction, aucune réelle information ne filtre. Nous découvrons alors la vie des bidonvilles autour du bâtiment surnommé Elefante Blanco en même temps que Nicolas et adoptons dès lors son regard. Pourtant l’axe scénaristique voulu, nous nous en rendons compte bien vite, n’est pas celui-là.

Julian et Nicolas sont prêtres. Le premier tente de superviser comme il le peut un site en construction en jouant de ses relations politiques et cléricales. S’il prétend avoir besoin de l’aide de Nicolas, il n’en explique pas pour autant les raisons. Nicolas l’assiste et découvre peu à peu la réalité qui l’entoure. Il fait rapidement la rencontre de Luciana, une assistante sociale qui se bat corps et âme pour les habitants. Trois principales lignes narratives s’entremêlent alors épousant les points de vue de chacun des protagonistes sans réellement les développer. Tout en dessinant une âpre réalité, les enjeux se succèdent de manière trop superficielle et sans finesse, la caractérisation et l’évolution des protagonistes demeurant démonstrative. Le batiment dit « Elefante Blanco » (pourtant central de part le titre) et les bidonvilles se dessinent comme le réel personnage du film sans que cela ne fonctionne ; les trois protagonistes prenant trop – ou trop peu – de place en demeurant, malgré la qualité d’interprétation, superficiels.

La réalisation est pleine de contrastes. Pablo Trapero oscille entre une esthétique atmosphérique voire esthétisante et une mise en scène habilement naturaliste. Il additionne les effets de travellings sans qu’ils ne prennent réellement sens tant la mobilité du cadre apparait constante. A l’instar de nombreux enjeux développés de manière simpliste dans le scénario, il recourt à des effets de mise en scène éculés tel un effet miroir au sein du cadre afin d’ancrer la division. Néanmoins il compose ainsi des tableaux visuellement forts.

Par le recours ponctuel à la musique, dont le niveau sonore s’intensifie de manière presque irradiante, il crée quelques grands mouvements dont la dynamique sensitive contraste avec le caractère platement narratif de chacune de ces séquences. L’étrange sensation qui émane de son approche est dès lors d’être confronté à l’émotion sans la ressentir. Un impression qui s’impose comme indépassable.

ELEFANTE BLANCO

Réalisation : Pablo Trapero
Argentine / France / Espagne – 2012 – 110 min
Distribution : O’Brother
Drame

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