Critique : Eisenstein in Guanajuato

On 30/06/2015 by Nicolas Gilson

Oeuvre totale, EISENSTEIN IN GUANAJUATO est tout à la fois un hommage de la part de Peter Greenaway à Sergueï Eisenstein et à l’inventivité du cinéma. S’appropriant toutes les possibilités offertes par la révolution numérique, il compose une chronique explosive et superbement excentrique au fil de laquelle il esquisse le portrait sensible d’un homme qui se découvre, enfin, lui-même. Grandiose.

Willing Suspension of Disbelief

En 1931, Eisenstein (époustouflant Elmer Bäck) débarque au Mexique, à Guanajuato, dans le but d’y réaliser un film documentaire financé par un couple de mécènes américains. Après tout, c’est Robert Flaherty qui l’en a convaincu. Il s’installe, non sans fracas, dans un hôtel de luxe et découvre la ville et bientôt la vie aux côtés d’un guide local, Palomino Cañedo (impressionnant Luis Alberti)…

Eisenstein in Guanajuato - Peter Greenaway

Des la première séquence Peter Greenaway ancre un travail dans la matière filmique. Ouvrant le film en noir et blanc, il y inscrit la couleur grâce aux libertés offertes aujourd’hui par le numérique mais également employées dès les premiers temps lorsque des petites mains coloriaient la pellicule image par image. Cette dynamique prend son élan sur une autre, celle du montage qui repose lui-même sur celle de l’orchestration musicale tout en créant son propre sens. En une mesure, la démesure de deux cinéastes s’impose tout comme la certitude d’être confrontés à un objet d’exception – une impression qui ‘aura cesse d’être confirmée.

Un narrateur se veut être notre complice et tend à contextualiser le récit qui, dès lors, se dessine comme une fiction relatant un épisode de la vie de celui qui en quelques films à peine révolutionna à jamais le montage. L’approche est extravagante exposant et explosant déjà les possibilités offertes par le montage : Peter Greenaway rend-il hommage au maître russe en mimant son style qu’il teste les voies rendues aujourd’hui à défricher proposées par le numérique et la post-production.

Esthétiquement le film est d’une subjuguante inventivité, Greenaway transcrivant tout autant l’ébullition d’Eisenstein que la sienne. Il s’approprie les effets de split-screens sans aucun systématisme, créant de nouvelles logiques, testant de nouveaux champs. Fiction et réalité entrent en dialogue : la réalité ne cesse de contaminer la fiction et la fiction ne cesse de renvoyer à la réalité – souvenons-nous du narrateur. Des extraits de film et des photographies des personnalités mises en scène ou évoquées nourrissent ainsi proprement la créativité et participent à la narration.

Et si Greenaway se veut expérimentateur, il se veut avant tout conteur. La matière filmique, à tous les niveaux, renvoie au récit composé avec soin, lui-même novateur et très sensible. Nous confrontant à l’homosexualité du cinéaste russe, avec une frontalité non dépourvue d’humour, Greenaway propose, sous forme de chronique, le portrait d’un génie qui, mal dans sa peau, va apprendre à s’aimer, pleinement, à travers son corps. Epoustouflant.

Eisenstein in guantanamo - poster

EISEINSTEIN IN GUANAJUATO
♥♥♥♥
Réalisation : Peter Greenaway
Pays-Bas / Mexique / Finlande / Belgique – 2015 – 105 min
Distribution : ABC Distribution
Ventes internationales : Films Boutique
Ode exlosive

Berlinale 2015 – Compétition Officielle

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Elmer Bäck as Sergei Eisenstein Eisenstein-in-Guanajuato-93-1 eisenstein-in-guanajuato

mise en ligne initiale le 13/02/2015

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