Critique : Eden Lake

On 01/01/2009 by Nicolas Gilson

EDEN LAKE est un film de genre qui, ne laissant pas le spectateur indifférent, fonctionne parfaitement et savamment. La trame narrative présente un couple archétypal, nais et apparemment parfait, mu par des intentions roses bonbons : Une jeune enseignante à la poitrine plantureuse – douce et rigolote, aimable et réfléchie… et un jeune homme quelque peu impulsif – mais tellement bien élevé et sportif, un amoureux prêt à faire sa demande en mariage. Bref un pur cliché de bonheur et de beauté qui ne peut qu’être mis à mal.

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Un couple de jeunes trentenaires part en week-end au bord d’un lac au milieu d’une forêt. Le cadre apparemment idyllique leur réserve une mauvaise surprise…

La logique du genre est mise en place dès le générique d’ouverture qui introduit le conditionnement musical incontournable au sein d’un montage très rapide où des flash nous présentent un visage tordu de douleur et déformé par les cris. Ce conditionnement musical met ensuite le spectateur en alerte si bien que les effets visuels auxquels a recours le réalisateur font mouches. Points de vue subjectif en point d’exergue.

James Watkins – qui signe ici son premier long métrage en tant que réalisateur – joue de manières plurielles avec les attentes spectatorielles. Scénariste spécialisé dans l’horreur et le thriller il maîtrise parfaitement le sujet, aussi c’est avec brio qu’il esquisse une atmosphère stressante. L’intrigue se met en place lentement, posant le spectateur en pleine condition d’alerte. Cependant le sujet de l’horreur, du désarroi qui frappe les protagonistes principaux est bien autre que celui que peut fantasmer le spectateur. Il n’est pas à trouver dans l’extraordinaire, bien au contraire.

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L’horreur s’avère être crue et réaliste : tortures diverses et extrêmes perpétrées par des enfants. Un réalisme terrible pour l’hypothèse du genre au point d’engendrer une ambiguïté déstabilisante. Ou pour le moins le contexte mis en place par le réalisateur est ambigu et met à mal le spectateur. Le manichéisme consistant à définir de manière claire les protagonistes perd sa raison d’être car le « faiseur de mal », s’il peut être identifié clairement, n’est pas condamné pour ses actes. Si bien que ceux-ci s’en retrouvent banalisés voire désamorcés.

Cette ambiguïté crée, au même titre qu’elle en émane, une hypothèse d’amoralité. Ce qui rend ce film aussi dangereux que choquant. Le danger relèverait de la lecture qui pourrait en être faite. Sans adhérer aux codes « normés » celle-ci y verrait l’apologie de l’immoral. Car les gestes posés au sein même du film relèvent d’une conduite non encadrée ou dépourvue de cadre ; une conduite considérée comme défaillante si l’on se réfère aux codes sociaux mais qui n’est posée en tant que telle que si l’on identifie au couple de départ. Et si le spectateur adhère pleinement à l’hypothèse du genre cette identification ne peut, au final, avoir lieu ce qui le conforte dans une position obscure.

Cette équivoque engendre un sentiment de malaise face aux gestes posés par des enfants. Un malaise face à ce que le réalisateur présente comme du commun des possibles. Aussi sans doute James Watkins atteint-il l’objectif de mettre à mal le spectateur. Mais n’oublie-t-il pas que si la lecture ce thriller n’est pas encadrée elle pourrait s’avérer être elle-même ambiguë ?

EDEN LAKE

Réalisation : James WATKINS
Royaume-Uni – 2008 – 91 min
Distribution : Benelux Film Distributor
Thriller

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