Eastern Boys

On 02/04/2014 by Nicolas Gilson

Robin Campillo signe une des plus belles histoires d’amour jamais mise en scène au coeur de laquelle les sentiments évoluent de l’aveuglement à la complicité, du désir à la sincérité. En toile de fond, la réalité d’un monde – le nôtre – où la quête d’un avenir meilleur ou de complicité tend à l’anihilation de soi, à l’objectualisation ou à la dépersonnalisation. Meilleur film de la section Orizzonti lors de la 70 ème Mostra de Venise, sensible et humain, EASTERN BOYS est tout à la fois remarquable et sensationnel.

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Paris, Gare du Nord, dans un balais majestueux le regard de Daniel (Olivier Rabourdin) croise celui de Marek (Kirill Emelyanov). Le premier a la cinquantaine, le second est bien plus jeune et se présente sous le nom de Marek. Lieu de drague et de prostitution, carrefour de rencontres chez Claire Simon, la gare devient avec Robin Campillo le témoin d’une rencontre où déjà tension et obcession s’immiscent. Un rendez-vous est fixé chez Daniel aux portes de Paris. Lorsque ce dernier ouvre ce n’est pas le jeune homme rencontré qui se présente mais un enfant répondant au nom de Marek. Entre chantage et menaces, Daniel découvre alors un autre balais tout à la fois étrange et captivant, dérangeant et opnitisant. Une kyrielle de jeunes gens issus de l’Est débarquent chez lui, investissent, envahissent et épuisent proprement son espace. Parmi eux, l’objet de son désir.

Ecriture et mise en scène sont habiles : l’approche témoigne de la pleine maitrise du langage cinématographique de la part du réalisateur qui accorde un sein particulier à la photographie et au travail sur le son. Co-scénariste et monteur de Laurent Cantet, Robin Campillo parvient tout à la fois à exacerber et à transcender le ressenti de ses protagonistes dont les gestes, les regards ou la plascidité se veulent interpellants.

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Rarement découpage et montage se conjuguent avec un tel soin. Si le scénario est brillant et aborde parallèlement les questions de l’immigration, de la solitude ou encore de l’amour – un terme ici pluriel et dès lors magnifié –, l’écriture se compose réellement au tournage et au montage. La subdivision du film en plusieurs chapitres en marque l’évolution tout à la fois temporelle et dramatique sans pour autant n’être que rhétorique. Ancrant les ellipses, cette dynamique signe autant de basculements et de prises de conscience ; dessine les facettes plurielles d’une relation en devenir.

Avec acuité et finesse, Robin Campillo dépasse toute narrativité et tend aux pures sensations. Une impression saisissante voire hypnotisante dans les deux premiers chapitres du film qui évolue, se module, au fur et à mesure que les contours de la relation entre Daniel et Marek – qui, bientôt, dévoile son vrai prénom – se définissent.

Le désir est mis en question avec force et sans détour. L’illusion aveugle de son partage dans l’esprit de Daniel est tout à la fois déchirante et abjecte. Un simple détour de regard permet ainsi aux pulsions et à la répulsion de s’unifier en un même mouvement dont le constraste nourrit nos sensations, nous impresionne et nous questionne tout à la fois. Lorsque la recherche désespérée du partage de sensations s’apparente au viol, c’est une multitude d’échanges qui est mise en perspective. Sans mot dire. Magistralement.

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EASTERN BOYS
♥♥♥(♥)
Réalisation : Robin Campillo
France – 2013 – 128 min
Distribution : Cinéart
Drame

Venise 2013 – Orizzonti

Eastern Boys - Robin Campillo

Eastern Boys

2 Responses to “Eastern Boys”

  • Un très très mauvais SHAME français, lent, long, gris, noyé par un camion citerne de bons sentiments pour les pauvres russes victimes de la guerre en Tchétchénie terminée il y a 10 ans. Egrenant les clichés comme les perles d’un chapelet. Enchaînant les situations invraisemblables plus rapidement qu’une série Z. Parasité par des références aux fantasmes homos mal digérées et non assumées. Le tout recouvert d’un vernis qui rend l’ensemble lisse, neutre, inintéressant au possible. A faire murir d’ennui un neurasthénique sous morphine.

  • Un très bon film, une belle leçon d’humanité On se pose quelques questions au début puis le film démarre vraiment et c’est vraiment captivant, merci encore pour les places que vous m’avez offertes !

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