Don Jon

On 17/11/2013 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage écrit et réalisé par Joseph Gordon-Levitt, DON JON amuse sans réellement séduire. Avec en arrière fond une sexualité paradoxalement taboue, il tiraille très gentiment les valeurs que sont la famille et la religion. Consensuel et inégal.

Don Jon

« I just fucking loose myself »

Jon (Joseph Gordon-Levitt) tient vraiment (dans l’ordre) à son corps, sa maison, sa voiture, sa famille, son Eglise, ses potes, ses filles (entendons celles qu’ils se lève) et son porno. Obnubilé par Barbara (Scarlett Johansson) qui ne lui cède pas sexuellement, il se retrouve bientôt en couple avec elle mais ne trouve pas l’épanouissement escompté. Alors que la jeune femme tente de façonner Jon afin qu’il corresponde à son fantasme du Prince Charmant, celui-ci fait la connaissance d’Esther (Julianne Moore) qui, si elle ne correspond en rien à ses canons, lui ouvre la voie vers une réelle intimité.

Le film s’ouvre sur succession d’images à caractère érotique qui toutes objectualisent la femme, résumée à ses attributs sexués – seins, lèvres et fesses. Il s’agit de flirter avec la pornographie sans franchir la frontière d’un univers dont les codes (notamment les gros plans visuels et sonores) semblent pourtant ne pas échapper au réalisateur. Si l’intérêt de cette séquence est de souligner « l’érotisation » de l’ensemble des médias ou plutôt la réification générale du « sexe faible », Joseph Gordon-Levitt n’appréhende ensuite cela qu’avec une dommageable superficialité. Toutefois le héros qu’il met en scène se définit lui aussi à travers l’image formatée d’un homme qui apprécie son corps avant toute autre chose. La superficialité n’est dès lors pas uniquement le fer de lance de l’approche mais aussi l’élément clé que le réalisateur appréhende.

S’adressant à nous directement « Don Jon », surnommé ainsi parce qu’il tombe les filles, explique ses principes de chasse et son besoin inexorable de mater du porno et de s’astiquer devant. Parce que le sexe c’est sympa, mais ça ne vaut pas le virtuel. En soi, l’idée est judicieuse mais il ne s’agit pas pour Joseph Gordon-Levitt de développer en profondeur le sujet. Le protagoniste ouvre-t-il les yeux que cette évolution est in fine consensuelle et sans surprise.

Don Jon - Scarlett Johansson - Joseph Gordon-Levitt

Notant les filles sur base de leur physique, même un 10 (la cote de Barbara) n’a pas à ses yeux la puissance d’un film porno. Pourtant au vu des images qu’il regarde, il y a de quoi rire. Car pour illustrer celles qui obsèdent le protagoniste, le réalisateur opte ponctuellement pour du « porno soft », des séquences érotiques dépourvues de la moindre pornographie. Relevons que la platitude de ces films est soulevée par le personnage interprété par Julianne Moore qui offre à Jon des films pornographiques qu’elle juge dignes d’intérêt – mais nous n’en apercevons que la jaquette. Si un dialogue autour de la pornographie et, au-delà, du désir et de l’épanouissement est esquissé à travers cette rencontre, le réalisateur ne se mouille pas et met en scène cela avec une extériorité désolante toute démonstrative.

La réalisation se révèle en tout point artificielle oscillant entre une pure caricature où l’esthétisation (toute formatée) et les appuis font sens, et un réalisme abscons qui jure proprement (ah, ces mouvements de caméra…). Le plus désolant s’avérant être l’absence générale de singularité consécutive à la pluralité et à la superficialité des choix opérés.

Joseph Gordon-Levitt emploie une série de clichés (mec amoureux de lui-même, bimbo, mère qui rêve de voir son film en couple, père sicilien en marcel blanc et chaine en or, etc.) dont il s’amuse sans finesse offrant ainsi la possibilité à Scarlett Johansson de performer avec vulgarité et panache. S’il se moque des caricatures qu’il met en scène en flirtant avec la parodie, il n’assume pas entièrement cet humour très appuyé et s’en émancipe ponctuellement sans parvenir dès lors à trouver la moindre cohérence de ton. Entre la couleur induite par la voix-over, la famille et la relation amoureuse caricaturales, la bande d’amis « réaliste » (selon une logique très artificielle), la rencontre avec Esther ou encore les scènes de confessionnal qui deviennent un « running gag », Joseph Gordon-Levitt emprunte une route sinueuse platement artificielle dont les ressorts transpirent.

Don Jon - affiche

DON JON

Réalisation : Josehp GORDON-LEVITT
USA – 2013 – 90 min
Distribution : A-Film
Comédie (dramatique)

Gent Film Fest 2013 – Hors-compétition

Don Jon - père et fils

Don-Jon-Julianne-Moore-Joseph-Gordon-Levitt

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