Sur le tournage de… Dode Hoek

On 06/05/2016 by Nicolas Gilson

DODE HOEK

Un thriller politique (mais pas que) par Nabil Ben Yadir

UGM_Dode_Hoek_01_Alice_Khol

Jan Verbeek, ancien commissaire de police d’Anvers, est devenu la personnalité forte d’un parti politique populiste.

Son ascension sur la scène politique basée sur des discours radicaux le place au coeur du système politique et policier.

Il règne sur celui-ci jusqu’au jour où son passé refait surface.

UGM_Dode_Hoek_02_Alice_Khol

Autodidacte, Nabil Ben Yadir s’est imposé dans le paysage cinématographique en 2009 avec son premier long-métrage, LES BARONS. Alors qu’il travaille à la préparation du film dont le scénario séduisit Diana Elbaum (Entre Chien et Loup), il signe le court-métrage SORTIE DE CLOWN (2005) qui témoigne déjà d’une tonalité rare dans le cinéma belge francophone tout en se frottant au métier d’acteur.

« Enfant de la VHS et de la télé » selon ses propres mots, il tient à réaliser des films dont il peut être fier et que ses potes seront contents d’aller voir en salles. N’ayant pas peur d’un mot que d’aucuns trouvent déshonorant, il envisage positivement l’hypothèse d’un cinéma commercial qui n’en serait pas moins l’expression d’un auteur. La rencontre avec Yann Decleir sera déterminante, après LES BARONS il s’attèle à l’écriture d’un thriller prenant place à Anvers. Le projet attise rapidement la curiosité des médias. Parallèlement, Nabil Ben Yadir écrit et réalise LA MARCHE qui sortira en 2013. Le tournage de DODE HOEK, un thriller politique qui dépasse toutefois cette simple étiquette, démarrera au printemps 2016 produit par Wrong Men, Antilope Joyeuse et Eyeworks.

Distribué par KFD, le film sortira en Belgique en janvier 2017.

UGM_Dode_Hoek_03_Alice_Khol

Rencontre avec le réalisateur

Pourquoi ce titre, « Dode Hoek » ? - Il ne sera jamais traduit en français, sinon ça fait un titre de Chuck Norris. « Dode Hoek », c’est ce qui est à ta portée mais que tu ne vois pas. Dans tous les rétroviseurs, il y a un angle mort ; il y a quelque chose que tu ne vois pas ou que tu ne veux pas voir.

Vous passez de la comédie au thriller politique, est-ce que vous abordez les choses de la même manière ? - Ce qui m’intéresse, ce sont les personnages. Le challenge du film, c’est de commencer avec un personnage horrible. À l’écriture, il était très compliqué, très « dark ». On commence le film avec un personnage dont on se demande si c’est le méchant, mais qui se révèle être le gentil. Donc tout s’inverse. Tous les gens contre lui sont forcément les méchants, mais dans la réalité ce sont les bons. Il y a un vrai effet de miroir. C’est très intéressant parce que les méchants ont des têtes de gentils et inversement. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné je peux me tenir à lui ; que, même s’il est horrible, je peux me reconnaitre en lui ?

Dès le tournage et en amont, vous prenez conscience du regard du spectateur ? - Le film est pensé par rapport au défi d’aller à l’opposé. Je pense que quand vous verrez le film vous ne pourrez que vous dire que la dernière personne qui peut s’accrocher à un type comme Jan Verbeek, c’est moi – parce que ce qu’il dit va parfois très loin – mais il a quelque chose de bon. Je pense qu’il y a toujours quelque chose de bon chez l’Homme. Les héros positifs, Charles Ingalls, sont morts avec tout ce qu’ils représentent. Les héros sincères, positifs et gentils, c’est terminé dans le monde dans lequel on vit. Tout le monde va dire que les populistes sont sincères. Et c’est ça le danger. C’est un chouette défi, et curieusement je commence à m’attacher, de plus en plus, à ce personnage. Suis-je mauvais ?

La mise en place du projet de DODE HOEK avait été annoncée rapidement dans la foulée de la sortie et du succès de votre premier long-métrage, LES BARONS. - Ce projet devait normalement être mon deuxième film. Je l’avais écrit juste après LES BARONS et la rencontre avec Yann Decleir. Mais ça a pris plus de temps que prévu, parce que c’est dans une autre langue et que la Belgique évolue. On était soit trop en avance, soit en retard donc on a du effacer certaines choses. LA MARCHE s’est fait un peu plus vite que prévu et je suis revenu à ce projet qui me tenait vraiment à coeur. Là j’y arrive. Je suis content.

Qu’est-ce que mettre le film entre parenthèses, en un sens, pour travailler sur LA MARCHE vous a apporté ? - LA MARCHE était un gros film dans tous les sens du terme, tant au niveau du casting que du budget. Là, je fais du patin à roulettes. Je me sens dans quelque chose de beaucoup plus léger au niveau de l’équipe. C’est un autre moteur. Tu peux raconter une histoire à laquelle tu as pensé depuis très longtemps et tu te rends comptes que les acteurs auxquels tu as pensé sont toujours là, même si ce n’est plus le même rôle. J’ai un nouveau chef opérateur et une toute nouvelle équipe. Et, par rapport à LA MARCHE, on bricole plus ici. Et c’est super. Quand on te dit que tu as les outils que tu veux, tu fais la maison que tu veux. Là on te dit que tu as un marteau, trois clous et une planche pour faire une voiture. C’est intéressant, on réfléchit plus et on cherche des solutions à des problèmes techniques, d’organisation.

Est-ce que cette question du budget se pose dès l’écriture ? - J’évite de me poser cette question, sinon t’es mort. Après il faut trouver la solution permettant de donner l’illusion que tu as eu l’argent. Si tu fais tout de suite une écriture pauvre… Le mensonge commence quand tu mets en scène, pas avant. Il y a une autre manière de faire du cinéma en Flandre. Tu sens qu’ils ont plus l’habitude de tourner, de manière un peu plus rapide – ce que j’ai toujours fait.

Vous retrouvez votre co-sénariste Laurent Brandenbourger, mais vous travaillez également avec Michel Sabbe qui a à son actif de nombreuses séries télévisées flamandes. - Michel Sabbe est d’abord arrivé pour traduire et adapter le scénario. Ce qui est évident ou fait rire dans la langue française ne marche pas chez les flamands. Il fallait un vrai travail d’adaptation. Le film en lui-même était là mais il fallait ramener toute une culture flamande. Ça a été un travail de concession sur certaines scènes et un travail d’adaptation. Et après, au-delà du travail de Michel Sabbe, c’est un vrai travail qu’on fait tous les jours avec les acteurs pour qu’on ait ce côté anversois.

Vous travaillez au combo. - Oui, vu que ce n’est pas ma langue maternelle, j’ai besoin d’avoir l’image et le son en permanence. Je travaille avec Robrecht (Heyvaert) et on essaie de trouver chaque fois un axe et même une mise en scène pour la lumière. Le cinéma, c’est une mélodie. Les acteurs ne sont pas tous bilingues mais on se comprend. Ça c’est qui est intéressant. Certains trouvent ça surprenant. Ils auraient été moins surpris de me voir faire un film en Chine plutôt qu’en flamand. Mais c’est super, on fait vraiment du cinéma, on parle de caméra et d’émotions. Et ça, ça marche.

C’est un vrai projet belge, emporté par des boîtes de production francophones et flamandes. - On est vraiment des vrais partenaires. Ce ne sont pas des petites co-productions. On est vraiment tous ensemble sur ce projet.

Est-ce que le fait d’avoir déjà un distributeur (KFD) avant même le moment où s’enclenche le tournage change quelque chose ? - Tu sais déjà quand ton film va sortir et quand la bande-annonce va être au cinéma. C’est une autre dynamique. Je l’avais avec LA MARCHE. Pour LES BARONS je n’avais pas encore la date, mais Cinéart était là. Ici, c’est une autre machine : ton planning est réglé au millimètre, donc c’est très excitant. Tu sais déjà quels sont les films qui vont sortir au même moment. C’est une autre manière de voir le film, le côté « commercial » – côté francophone c’est un mot dangereux et côté flamand c’est un mot qu’on assume. On commence à assumer les films de genre côté francophone, alors qu’en Flandre ils le font depuis des années et ne se cachent pas de vouloir parler à un public. Je l’ai toujours fait, parce que je suis un enfant de la VHS et de la télé. Je n’ai jamais eu honte à dire que je fais un film pour que mes potes puissent aller le voir et dont je puisse être fier. Je ne peux pas faire un film pour moi avec un budget pareil. Il y a une autre machine qui se met en place. Quand tu écris ce genre de film, tu peux avoir des partenaires qui en ont la même idée. Et l’idée principale c’est qu’il faut qu’on fasse tous le même film.

UGM_Dode_Hoek_04_Alice_Khol

DODE HOEK
Réalisation : Nabil Ben Yadir
Scénario : Nabil Ben Yadir, Laurent Brandenbrouger & Michel Sabbe
Avec : Peter Van den Begin, Jan Decleir, David Murgia, Soufiane Chilah, Ruth Becquart, Jurgen Delnaet, Mathijs Scheepers, Tibo Vandenborre, Bert Haelvoet, Filip Hellemans

Image : Robrecht Heyvaert
Son : Manu Meuleman, Ingo Deckers & Stephanie Buys
Scripte : Inez Van Watermeulen
1er Assistant Réalisation : Marcus Himbert
2nd Assistante Réalisation : Nina Kerremans
Décors : Mohamed Ayada & Floris Van Looy
Costumes : Ellen Loyd
Maquillage : Dorien Biesman
Coiffure : Tine Verbeurgt
Production : Peter Bouckaert (Eyeworks), Nabil Ban Yadir (Antilope Joyeuse) & Benoît Roland (Wrong Men)

UGM_Dode_Hoek_05_Alice_Khol

Filmographie Nabil Ben Yadir
SORTIE DE CLOWN (CM – fiction – 2005)
LES BARONS (LM – fiction – 2009)
LA MARCHE (LM – fiction – 2013)
DODE HOEK (LM – fiction – 2017)

UGM_Dode_Hoek_06_Alice_Khol

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>