Critique : Dior et Moi

On 09/07/2015 by Nicolas Gilson

S’immisçant dans les coulisses de la Maison Dior alors que Raf Simons y est nommé responsable artistique, Frédéric Tcheng propose le portrait de l’institution en croisant ceux des créateurs et des petites mains qui lui confèrent son identité. Nous sommes en 2012, le designer belge a alors 8 semaines pour créer une collection haute couture subdivisée en deux lignes… Le documentariste, qui structure son approche autour de l’ouvrage signé par Christian Dior (offrant au film le titre de DIOR ET MOI), s’immerge tout comme Simons dans la singularité d’un univers dont il révèle, au-delà des codes, le visage.

Dior et moi

L’ouverture du film dessine un dialogue entre hier et aujourd’hui au travers de l’évocation. L’emploi d’images d’archives donne un réel volume à une voix-over qui se fait l’écho de celle de Christian Dior. La réflexion qui prend place distingue-t-elle la personne de son travail qu’elle transcende l’hypothèse de deux identités, dont la seconde demeure au-delà de la disparition du créateur – quoique ses ouvrières soutiennent que, la nuit, le fantôme de « Monsieur » est bel et bien présent au 30 de la rue Montaigne.

A l’instar de Raf Simons, nous découvrons peu à peu l’univers qui se cache derrière le nom de Christian Dior. Tout d’abord au travers des réflexions de celui qui donna vie à la Maison – auxquelles le nouveau responsable artistique fait d’ailleurs référence, en soulignant la nécessité qui est alors sienne de s’en distancier – mais aussi et surtout en se fondant à son rythme de vie. L’introduction du créateur belge aux équipes de haute couture ouvre sur une double rencontre, à la fois humaine et artistique.

La mise sous pression de Simons et des équipes est totale. Ils n’ont que très peu de temps pour confectionner, ensemble, une première collection de haute couture. Nous découvrons alors la manière dont le travail se met en place : de l’inspiration (soit-elle plurielle) aux premières silhouettes, de la répartition du travail aux interactions entre les « ouvrières ». L’apprivoisement est pluriel : nécessaire entre la nouvelle direction et les équipes (non seulement de création mais aussi financières), il se dessine aussi entre le documentariste et les personnalités qu’il peut alors révéler. Frédéric Tcheng signe ainsi un portrait riche et multiple au sein duquel il questionne avec habilité l’identité même de la griffe offrant aux petites mains la place qui plus que jamais leur revient.

Le temps est un élément essentiel des premières semaines de Simons au sein de la Maison Dior. Est-il compté – décompté – jusqu’au défilé voulu mirifique qu’il doit également se plier aux desiderata des clientes sans qui cet univers prendrait fin. La fluidité du montage est troublante, permettant d’exacerber l’énergie de tous les protagonistes en un même mouvement dont l’aboutissement est commun. Le défilé, plus qu’un bouquet final, clôt bientôt le film sur une respiration. Le visage nuancé de la Maison Dior se détend alors nous abandonnant à quelque frustration tant il est difficile de quitter un labyrinthe où nous avons pris plaisir à nous perdre et dont nous voudrions entrapercevoir les fantômes.

Dior et moi - affiche

DIOR ET MOI
♥♥
Réalisation : Frédéric Tcheng
France – 2014 – 90 min
Distribution : Imagine Film
Documentaire

DiorAndI-1

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