Das Weisse Band (Le Ruban Blanc)

On 20/10/2009 by Nicolas Gilson

Tout en témoignant d’une parfaite maîtrise cinématographique Haneke joue avec les attentes spectatoriales comme jamais. Il met en scène un réel non-récit : LE RUBAN BLANC est une sorte de récit prétexte dont la narrativité n’a en somme que peu d’intérêt. Le réalisateur s’en sert pour mettre en exergue une série de codes – sociaux, affectifs, sexuels et familiaux – et contraindre le spectateur à une curieuse introspection.

Au travers d’un personnage candide Haneke esquisse une invitation à la découverte d’un univers féodalisé de l’avant première guerre mondiale. Le réalisateur met à nu l’hypothèse de castes sociales d’alors tout en mettant en évidence l’improbable importance des figures faisant autorité : le baron, le docteur, le pasteur et l’instituteur – dont la mollesse et la naïveté engendrent un terrible contraste. Ce dernier n’est autre que le narrateur : Haneke recourt à une hypothèse de structuration narrative par le billet d’une voix-over. Toutefois l’homme qui s’adresse au spectateur n’est pas exactement celui que le spectateur découvre : en ce sens que la parole du narrateur est celle d’un homme âgé, qui se remémore un récit et qui dès lors évoque un souvenir.

L’âpreté des rapports sociaux envahit proprement l’écran. Une certaine hiérarchie s’impose de groupe en groupe, la jeune génération imitant leurs pères. Certains y verront – situation historique oblige, le narrateur y faisant d’ailleurs allusion – une préfiguration de la première guerre mondiale voire l’émergence du nazisme, d’autres un amer parallélisme avec l’évolution, ou rétroévolution, de la société actuelle. L’animalité humaine apparaît être le réel sujet du film ; une animalité perfide et manipulatrice.

La radicalité de l’approche stylistique fait écho à la froideur des rapports sociaux. Une mise en scène épurée témoignant de l’intelligence de l’approche de Haneke. Un classicisme certain au sein duquel effets et valeurs de plan prennent sens. Les enchaînements conduisent le spectateur à interpréter au pire des situations quelque peu complexes. Surcadrage et éléments de décors (tels les crucifix) l’entraînent à la réflexion. Le réalisateur stimule en somme avec brio son attention : nul renfort musical, nulle gratuité tant visuelle que scénaristique … nulle manipulation autre que la liberté d’interprétation due à la maîtrise cinématographique.

LE RUBAN BLANC s’avère être une mise à mal du puritanisme et de l’aveuglement courtois. Une critique acerbe de la société au travers des rapports sociaux, familiaux et sentimentaux dont l’approche demande au spectateur une perception active : à lui de lire entre les lignes, d’interpréter au-delà de la barrière du temps.

LE RUBAN BLANC

DAS WEISSE BAND

***(*)

Réalisation : Michael Haneke

Autriche/Allemagne/France/Italie – 2009 – 144 min

Distribution : Cinéart

Drame

Enfants admis

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