Detachment

On 30/04/2012 by Nicolas Gilson

Mis en scène selon une approche photographique brouillonne afin de feindre le réalisme, DETACHMENT se veut être choquant par la vérité qu’il prétend transcender. Orchestré à coups de nombreux renforts musicaux et d’appuis narratifs proprement misérabilistes, le film de Tony Kaye s’impose comme condescendant et platement démonstratif. Ce qui est d’autant plus dommage que le sujet est interpellant.

« Jamais je n’ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde. »*

En ouvrant DETACHMENT sur une série de témoignages en face caméra, La réalisateur tente de lui insuffler une dimension universelle tout en lui donnant une dimension réaliste qui s’avère d’emblée bancale. Si ces témoignages ne sont pas sourcés, ils présentent la caractéristique de mettre en avant, d’emblée, le personnage de Henry Barthes, un professeur remplaçant interprété par Adrien Brody, la photographie des séquences où celui-ci s’adresse au spectateur étant différentes de celle des autres. Non contextualisées, ces séquences servent justement, dans un premier temps, de contextusalisation toute monstrative. Et déjà les effets d’un enrobage artificiel – absolument pas réalistes – s’imposent… Mais ces séquences de témoignages changent ensuite de statut, ancrant une distanciation quant à l’évolution diégétique tout en stigmatisant la complicité avec le protagoniste principal que le réalisateur développe également au travers de la mise en scène de ses obsessions liées à la disparition de sa mère : quelques séquences qui apparaissent comme une série de flash-back ou de réminiscences où Henry Barthes prend conscience de son passé familial – avec un doute d’inceste pour pimenter plus encore l’intrigue générale.

Tony Kaye flirte avec la choralité sans jamais la maîtriser. Si la centralité de Henry Barthes est indéniable, le scénario de DETACHMENT propose de mettre en lumière, très ponctuellement, une série de personnages qui sont autant de stigmates – voire de clichés – sociaux. La démonstration est alors totale – malgré d’admirables interprétations. DETACHMENT sombre de la condescendance au pure misérabilisme. Et c’en est déplorable.

Car le sujet global du film est alarmant : DETACHMENT aborde les problématiques du devenir de la société. S’il est question de l’éducation, avec la réalité compliquée d’un lycée de la banlieue new-yorkaise, le film propose une réflexion – ou plutôt un regard sombre – sur la réalité de la société dans son ensemble. Plusieurs générations sont mises en scène ; celle des lycéens, celle du grand-père de Henry Barthes et celles du corps enseignant. Le constat est amer : la société est en pleine perdition. Quoique Henry Barthes est là ! Héros du quotidien, il parvient à intéresser ses élèves à son cours et sauve une adolescente de la prostitution…

*Citation d’Albert Camus (NOCES – « Le vent à Djémila » – 1938) qui ouvre le film.

DETACHMENT

Réalisation : Tony KAYE
USA – 2011 – 97 min
Distribution : ABC Distribution
Drame

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