Dead Man Talking

On 26/09/2012 by Nicolas Gilson

Avec DEAD MAN TALKING, Patrick Ridremont envisage un sujet pertinent, celui d’une société où tout, y compris la mise à mort d’un condamné, est prétexte au spectacle, à la manipulation des masses et à l’enrichissement de certains. Dommage que le développement scénaristique et l’approche esthétique ne convainquent guère.

William Lammers (Patrick Ridremont) est condamné à mort et va être exécuté. Personne ne semble s’en soucier si ce n’est un journaliste. Avant de recevoir l’injection qui lui sera fatale, la possibilité de s’exprimer est donnée à William. Il se met à parler et ne s’arrête plus. Le nouveau directeur de la prison veut que l’on en finisse mais comme un journaliste est présent il se renseigne auprès du service du Gouverneur sur la procédure à suivre. Et celle-ci stipule que l’injection ne peut se faire que lorsque le condamné se tait et que si elle n’a pas lieu avant minuit, l’exécution est reportée au lendemain. Sans le savoir William postpose son exécution. De plus, à la veille des élections, le Gouverneur ne veut prendre aucun risque… D’autant plus que l’histoire de William semble séduire ses électeurs.

Alors que la ligne narrative présente une critique efficace de notre société, Patrick Ridremont s’égare dans le développement du scénario. Oscillant entre les genres, il tente de donner à DEAD MAN TALKING un ton singulier qui va à vau-l’eau tant l’approche semble brouillonne. Il manque d’épure et met en place des éléments sans les développer – à l’instar de la cape rouge du chaperon – si bien que trop nombreuses sont les séquences qui semblent construites indépendamment les unes des autres. Pourtant il tient un propos et parvient ponctuellement, au-delà de répliques tantôt grinçantes, tantôt balourdes, à toucher le spectateur.

L’approche esthétique manque elle aussi de cohérence et d’épure. Peut-être répond-elle dès lors à la construction scénaristique, mais cela s’avère épuisant voire assassin. Le film est introduit par un générique très graphique qui ne trouve aucun écho ensuite. Une série de séquences en tableau y succède avec une impression de frontalité : comme pétrifiés, les protagonistes semblent fixer le spectateur. Le climat mis en place n’est ensuite pas ou trop peu développé. Au fur et à mesure que le film se construit l’impression de l’absence d’une dynamique claire s’impose. Plus encore les choix de découpage voire de montage ont de quoi laisser dubitatif.

L’enrobage musical est pour sa part désastreux. D’un bout à l’autre du film, Patrick Ridremont ne cesse d’y avoir recours sans logique et souvent sans que cela n’apporte rien. Comme s’il n’avait pas confiance en sa mise en scène. Et cela est d’autant plus déplorable que sur certaines séquences cet emploi est judicieux mais comme celles-ci sont enlisées entre d’autres platement démonstratives, leur force est plus qu’amoindrie.

Si cette première réalisation déçoit, DEAD MAN TALKING témoigne néanmoins de la capacité de Patrick Ridremont à diriger ses acteurs. Toutefois leur jeu n’apparaît juste que dans les séquences qui le sont également et s’avère balourd dans les séquences qui manquent de finesse.

DEAD MAN TALKING

Réalisation : Patrick RIDREMONT
Belgique – 2012 – 100 min
Distribution : uDream
Comédie

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