De l’Importance du Public ?

On 18/05/2011 by Nicolas Gilson

Cannes s’éveille à peine, de toutes parts des gens apparaissent, le plus souvent un badge autour du cou où un carton qui réfléchit le soleil en main. Ils avancent, presque automatiquement, formant des lignes comme autant d’autoroutes invisibles qui toutes conduisent à un même point : le Palais des Festivals.

Il est à peine 7h30 et déjà un groupe s’est formé devant l’entrée dont les portes n’ouvriront pourtant que dans une heure. La foule agglomérée est divisée en plusieurs troupeaux. Le principal se presse devant l’accès à la Salle Lumière, dont l’ouverture est imminente, avec l’arrogance des vainqueurs ou des élus, le sésame argenté dans la main. Un deuxième troupeau s’agite quelques mètres avant. Il fait presque barrière à ceux qui s’agglutinent contre le premier. Nulle arrogance n’est perceptible. L’orgueil de chacun est caché derrière un panneau tenu fermement ou une feuille agitée sur lesquels s’inscrit, en de multiple variations, le mot INVITATION. Supplice de la supplication.

Mais la majorité des fourmis n’y prête pas attention. Elle avance machinalement au-delà de ces troupeaux afin d’en former d’autres. Sur sa route pourtant des électrons libres de la deuxième catégorie tentent d’obtenir l’objet de leur convoitise. La presse se presse, il importe d’être aux premières lignes, seule garantie de voir le film projeté. Pourtant le matin le filtre n’est pas le même : la hiérarchie établie par la pyramide des accréditations, bien qu’elle favorise les élus, permet à tous d’avoir accès à la projection convoitée… par ordre d’arrivée – à chaque heure, chaque salle leur spécificité. Les invités et les journalistes, parqués dans leurs lignes de départ, s’empressent et se bousculent – certains y perdent des plumes. Et une question se formule : Le Festival de Cannes accorde-t-il une réelle importance au public ?

Chaque séance, de chaque section est source d’interrogation – malgré l’ouverture et la décentralisation de la Quinzaine, section parallèle. Le Festival de Cannes, dans sa globalité, définit les gens par castes. Selon la puissance de leur badge ou la longueur du bras de leurs contacts. Les enjeux sont médiatiques et compréhensibles. Il est question aussi d’ancrer plus avant le fantasme du privilège et du prestige. Tout cela fait partie du jeu. Mais le cinéma, au final, n’est-il pas destiné à la publicité, au sens noble du terme ?

LE PROGRAMME DU JOUR

Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst sont à l’affiche de MELANCHOLIA de Lars Von Trier. Le Japon investit les écrans de la Salle Lumière avec HANEZU NO TSUKI de Naomi Kawase. Et le film de Xavier Durringer crée l’événement hors compétition.

Un évènement que tout le monde peut partager car LA CONQUETE sort sur les écrans dès aujourd’hui. Un film sans intérêt si ce n’est la formidable interprétation de Denis Podalydès et le pétillant de certaines répliques. Avec un imposant enrobage musical, une mise en scène palpable et une ligne narrative manquant de finesse, le film de Durringer ressemble à un biopic télévisuel avec autant d’intérêt que ceux présentant la vie de Lady Diana, mais sans Lady Diana. Toutefois la classe politique française se prend une douche froide, le film n’épargnant personne si ce n’est Sarkosy. Quoique seule la droite semble exister. Quant aux médias, il y a là sujet de réflexion…

La Belgique envahit pour sa part les sections parallèles avec LE GRAND TOUR de Jérôme le Maire à l’aCid, BLUE BIRD de Gust Van Den Berghe et DES JEUNES GENS MODERNES de Jérôme de Missolz à la Quinzaine.

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