De Leur Vivant

On 07/05/2012 by Nicolas Gilson

DE LEUR VIVANT nous confronte à une cellule familiale en crise, meurtrie par le décès de la figure maternelle. Derrière une apparente choralité, le personnage qui s’impose comme central – la mère – est à la fois caractérisé par son absence physique et une présence qui est symbolisée par l’espace-lieu où les protagonistes évoluent.

Trois trentenaires se retrouvent dans la maison de leur enfance, un hôtel familial. Alors que leur père entre dans une lente dynamique de deuil où il parle secrètement à son épouse, ils lui imposent leurs décisions – comme fermer l’hôtel – et jugent son comportement comme inadéquat. Lorsqu’une jeune femme enceinte demande après une chambre, le père lui offre la plus confortable, la sienne, malgré les réticences de ses enfants, et l’occasion de se rencontrer s’esquisse à travers cet autre. La mort et la vie hante un examen familial à la fois monstratif – tant nous sommes dans le pathos – et régressif – au vu du repli tout en autarcie auquel tendent les protagonistes.

L’importance de l’espace-lieu est indéniable tout au long du film. La maison familiale est mère des souvenirs mais aussi de l’identité du père et de ses trois enfants. L’espace est ponctuellement acteur et permet de marquer – ou plutôt de montrer – la réflexion des personnages, leur mélancolie et leur nostalgie – les murs devenant notamment une surface de projection des films familiaux dans lesquels la mère revit.

Si l’espace-lieu est bien mis en place, le développement de sa centralité est quelque peu mécanique et artificiel. Sans doute Géraldine Doignon manque-t-elle de radicalité en ne laissant que trop ponctuellement l’espace vivre indépendamment des personnages.

Des personnages très bien pensés et caractérisés mais qui sont agaçants dans leur jugement incessant – en ce qui concerne les enfants – et l’exacerbation continue de leur pathos. Bien qu’ils existent, les protagonistes mis en scène nous sont d’un bout à l’autre du film, malgré leur évolution, antipathiques – cruellement. Dès lors, l’évolution narrative, marquée par un repli de la cellule familiale sur elle-même, apparaît comme une dévastatrice régression qui ne peut qu’être le constat de l’échec de toute émancipation individuelle.

L’approche visuelle ancre un jeu sur les focales dont le trouble trouve son sens dans une justification proprement pénible tant elle est plate – elle décroche en nous un râle ou un soufflement d’exaspération, bref elle nous déçoit. Néanmoins DE LEUR VIVANT est servi par une photographie sensible et une épure notamment dans les renforts musicaux qui servent de ponctuations.

Au-delà de la sincérité de l’approche de Géraldine Doignon, un regard est palpable et une maîtrise esthétique certaine mais, sans dimension empathique, le film s’impose comme éprouvant.

DE LEUR VIVANT

Réalisation : Géraldine DOIGNON
Belgique – 2011 – 88 min
Distribution : Hélicotronc
Comédie dramatique

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