Critique : Dark Places

On 06/05/2015 by Nicolas Gilson

Signant une brouillonne adaptation du roman éponyme de Gillian Flynn, Gilles Paquet-Brenner compose avec DARK PLACES un thriller aussi passionnant qu’un puzzle à 9 pièces. Fort de mettre en place une atmosphère ombrageuse, le réalisateur jongle avec moult effets purement (dé)monstratifs afin de mettre en scène une narration fragmentaire dépourvue de psychologie au point de se révéler – non sans ridicule – assommante.

Moyennant paiement, Libby Day (Charlize Theron) accepte de répondre aux questions de prétendus passionnés de crimes sordides. Toutefois ceux-ci cherchent en réalité à élucider le meurtre de sa mère et de ses soeurs survenu en 1985. Convaincus de l’innocence de son frère, ils mettent en doute le témoignage de la fillette qu’elle était alors. Un incertitude à laquelle est confortée Libby.

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Afin d’attiser notre curiosité, le réalisateur brouille d’entrée de jeu les pistes. Cherche-t-il d’emblée à exacerber le pathos de son héroïne qu’il y parvient pleinement. Il ouvre ainsi le film sur un flash, sorte de regard subjectif où une femme nous adresse trois mots : « I love you ». Suit, sous une frontalité plus crue, la découverte de Libby Day, traumatisée, en 1985, avouant ce qu’on lui fait dire. La narration s’inscrit alors, avec la rencontre avec la femme, aujourd’hui âgée d’un trentaine d’années. Quelques enjeux et éléments personnels sont dessinés par une adresse directe en voix-over – paradoxal procédé emphatique.

Non sans balourdise le quotidien de Libby Day est dévoilé. Sans emploi elle est dans une impasse financière qui justifie le fait qu’elle accepte bientôt de se prêter à un jeu atypique en rencontrant les membres d’un cercle qui pourrait avoir de quoi faire froid dans le dos. Rapidement le réalisateur établit un dialogue entre les époques, revenant sur les événements ayant précédé le crime dont est accusé le frère de Libby. La femme est grossièrement hantée par un passé qu’elle accepte de sonder en étant d’abord vénale et en révélant ensuite, fatalement, ses faiblesses.

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La force des séquences est toute impressionniste, n’appartenant à aucun réel point de vue si ce n’est celui de l’illustration de quelque évocation et d’un possible fantasme. Gilles Paquet-Brenner construit une série de tableaux – romantiques, dramatiques voire horrifiques – dont la vocation est de flouer les pistes. Si cela fonctionne un temps, l’assemblage de son puzzle aux pièces toutes plus démonstratives les unes que les autres se révèle in fine risible tant les protagonistes s’avèrent d’une crétinerie sans nom et que la logique dépasse toute entendement.

L’approche est tellement pompeuse que tout en devient affecté à l’instar de l’enrobage musical égal aux glaçages de gâteaux caricaturaux, bien alléchant mais d’une fadeur absolue, qui se dissipent sitôt mis en bouche. Si, malgré une impressionnante distribution qui ne l’est pas, l’ensemble fonctionne, il n’est guère captivant.

Dark Places - AfficheDARK PLACES

Réalisation : Gilles Paquet-Brenner
USA – 2015 – 113 min
Distribution : A-film
Thriller

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