Critique : Dans la Maison

On 03/10/2012 by Nicolas Gilson

Avec DANS LA MAISON, François Ozon signe un suspens captivant dont l’enjeu est la narration-même ! Le réalisateur signe une scénario admirable qu’il met en scène avec intelligence et espièglerie.

Professeur de français désabusé, Germain (Fabrice Luchini) attaque la rentrée scolaire avec un évident défaitisme. Titulaire d’une classe de seconde, il retrouve néanmoins la mécanique consistant à tenter de transmettre le goût de la découverte des auteurs et à motiver ses élèves à s’exprimer. Affligé lors de la lecture des copies remises à un exercice qui lui semble pourtant banal « Raconter son week-end », Germain est intrigué par la rédaction d’un certain Claude (Ernst Umhauer). Celui-ci lui remet une copie sans faute au style maîtrisé qu’il ponctue par deux mots qui attisent la curiosité du professeur : « à suivre ».

Le ton de la rédaction est moqueur et incisif. Claude y décrit sa découverte de la maison d’un camarade de classe (Raphaël Artole) qu’il avait observé longuement avant la rentrée scolaire et au sein de laquelle il voulait pénétrer. Germain se sent obligé de lui rappeler que le contenu de la rédaction pourrait être mal vu par la direction… C’est alors que Claude lui en remet la suite. Germain est captivé et cherche à guider son élève en lui donnant des conseils.

Le film s’ouvre sur une séquence qui permet, avec une grande économie, de découvrir le personnage de Germain et de comprendre qu’il ne se fait plus d’illusion quant à l’évolution de l’éducation – comme si réintroduire l’uniforme au lycée allait consister une révolution… Si Germain est un professeur parmi les autres, dans un établissement au nom évocateur (Gustave Flaubert), il se retrouve face à des élèves eux aussi comme les autres. François Ozon met en scène ce caractère commun dans une brillante séquence où l’écran est morcelé et où une myriade de portrait d’élèves en uniforme défilent selon un procédé de morphing. Mais si l’avant générique ne met en place rien que de banal – la rentrée solaire –, c’est pour insuffler une dimension réaliste pleine de sens.

Le scénario est habilement construit. François Ozon complexifie peu à peu une ligne narrative a priori fluide. Germain corrige un devoir et la complicité avec son épouse s’impose. Il partage avec elle la surprise de la découverte du texte de Claude. Il lit le texte à haute voix et ce sont leurs réactions qui font sens. Germain parle ensuite avec son élève et lorsque celui-ci lui remet la suite de ses aventures dans la maison de son camarade un basculement a lieu. Le texte est évoqué par Claude par le biais d’une voix-over. Plus encore, l’évocation du contenu est mise en scène. Les mots et leur mise en image se confondent. S’agit-il alors de la projection qu’en a Germain ?

La complexification s’amplifie et fait sens. La réalité relative et la fiction s’entremêlent alors au point de se confondre. Claude met son professeur en scène tandis que celui-ci se projette au coeur même du récit. Le trouble est complet et flirte avec une diabolique manipulation : celle à la fois de Germain par Claude et du spectateur par François Ozon qui le confronte à une sorte de construction perpétuelle de plus en plus captivante.

Le réalisateur voyage malicieusement entre plusieurs genres – dont la comédie et la satire – avec en leitmotiv une tension qu’il ne cesse d’exacerber. Il jongle avec brio avec les possibilités offertes par le médium cinématographique (tant d’un point de vue esthétique que scénaristique) dans une spirale qui tend à la mise en abyme : aux styles littéraires évoqués, répondent des approches cinématographiques plurielles.

La mise en place du suspense est admirable. La musique originale de Philippe Rombi fait sens en jouant quelques fois de contraste tout en tenant le spectateur en haleine. La mise en scène est maîtrisée en tous points. François Ozon signe un film d’une qualité indéniable au sein duquel les acteurs qu’il dirige excellent. Et sans dévoiler la fin, celle-ci rappelle avec pertinence que la fiction est une forme de représentation. Une allégorie non dépourvue de sens.

DANS LA MAISON
♥♥♥(♥)
Réalisation : François OZON
France – 2012 – 105 min
Distribution : ABC Distribution
Comédie dramatique / Suspense
FIFF 2012 – Compétition Long-métrage

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