Dallas Buyers Club

On 30/01/2014 by Nicolas Gilson

A travers le portrait de Ron Woodroof, Jean-Marc Vallée propose avec DALLAS BUYERS CLUB de revenir sur le combat qu’a été l’accès aux premiers traitements encore expérimentaux contre le VIH lorsque le virus était encore synonyme de mort et considéré par certains comme « le cancer des homosexuels ». Un film fort, tourné vers le grand public, servi par un casting exceptionnel.

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« Il faut bien mourir de quelque chose »

Macho, homophone et raciste, Ron Woodroof (Matthew McConaughey) est électricien sur un champ pétrolier. Suite à un accident de travail il est diagnostiqué séropositif et les médecins, au vu de son état immunitaire, ne lui donnent guère que 30 jours à vivre. Interdit devant cette nouvelle, Ron la réfute. Comment peut-il être atteint de la même maladie que Rock Hudson, lui qui n’est pas une tapette !? Nous sommes en 1985. Son seul espoir devient rapidement celui d’accéder à un traitement (l’AZT) encore en phase expérimentale avant de se tourner vers les drogues alternatives. Peu à peu son combat change de forme et de visage, rejoignant une pleine révolution et le transformant.

Le film s’ouvre dans l’euphorie de l’instant, Ron est un homme à femmes dont la bestialité, écho de sa virilité, s’impose telle la force d’un taureau indomptable. Avec économie son mode de vie et son caractère prennent place. Aussi sa stupéfaction lors de l’annonce de sa maladie conduit-elle à préfigurer la tragédie, alors ordinaire, qui l’accompagne. Rejeté par ses amis et collègues, Ron devient un pestiféré. Pour gagner sa vie (car la maladie lui a, en filigrane, coûté son boulot), il recèle bientôt des substances « non approuvées » par le FDA sur le territoire américain qui sont pourtant employées dans d’autres pays dans le traitement du VIH. La règlementation de plus en plus ferme le conduit à créer le « Dallas Buyers Club ». Un chapitre de l’histoire du 20 ème siècle s’inscrit.

Derrière le portrait d’un homme, ce sont en effet tout à la fois une critique de l’industrie pharmaceutique, une photographie de l’homophobie alors assise socialement, l’engagement de certains médecins ou encore un visage de l’homosexualité qui sont esquissés. Plus encore il s’agit de transcender la réalité des malades atteints du VIH et du SIDA quelques années à peine après leur apparition. La séquence de l’annonce de sa maladie à Ron est d’ailleurs, dans le détail, d’une rare violence : les médecins qui portent alors, bien vissés, des gants et des masques, ne semblent-ils pas garder leurs distances. Pense-t-on alors à MILK de Gus Van Sant ou aux documentaires WE WERE HERE de David Weisemann et VITO de Jeffrey Schwarz que la mise en perspective et la contextualisation de la maladie glace le sang.

DALLAS BUYERS CLUB

Le scénario met en scène avec une efficacité quelques fois trop démonstrative les grands mouvements de la vie de Ron Woodroof à partir du moment il est contraint de se battre pour survivre. Les basculements narratifs sont nombreux et l’approche (au-delà d’un portrait poignant et de la métamorphose du caractère de Ron) vise à retracer les grandes lignes de l’évolution d’un combat d’abord personnel qui dépasse au final son initiateur. Si le scénario quelque peu elliptique tend à une réelle fluidité, l’équilibre entre les différents protagonistes en est certainement le principal bémol. En effet, la route de Ron croise celle du Docteur Eve Saks (Jennifer Gardner) et de Rayon (Jared Leto), un transexuel également atteint du VIH qui deviendra son associé – ou partenaire d’affaires – et ces personnages, constamment au second plan, sont mis ponctuellement en lumière afin d’illustrer plusieurs réflexions et constats. Un manque de finesse excusable qui traduit une certaine superficialité mais qui n’estompe pas la force du sujet.

Matthew McConaughey et Jared Leto livrent des interprétations extraordinaires ! Si l’un et l’autre sont d’une justesse saisissante et d’une rare crédibilité, ils incarnent physiquement des protagonistes dont le corps est un réel révélateur – et c’en est stupéfiant. N’est-il pas anodin que Jean-Marc Vallée filme avec soin ces corps qui portent les stigmates de la maladie et, dans leur fragilité, contrastent avec la pugnacité de leur engagement.

Bien que le réalisateur témoigne d’une approche quelque peu démonstrative, il parvient à rendre palpables bien des tension et à transcender le ressenti de ses protagonistes. Flirte-t-il quelque peu avec l’exacerbation de leur pathos que cela permet paradoxalement une respiration. Il parvient à rendre compte du climat de l’époque tantôt en captant les réactions des personnages secondaires (quelques fois de manière trop appuyée), tantôt en épousant l’énergie des séquences à l’instar de la scène d’ouverte ou d’un passage en boîte de nuit sur fond d’Amanda Lear et de « Follow Me ». Composée par Danny Elfman, la musique participe avec acuité à l’atmosphère générale du film dont il est surprenant d’apprendre que le tournage n’a duré que 25 jours pour un budget (relativement maigre) de 5 millions de dollars. A découvrir.

Dallas Buyers Club

DALLAS BUYERS CLUB
♥♥(♥)
Réalisation : Jean-Marc Vallée
USA – 2013 – 117 min
Distribution : Independent Films
Drame

Ramdam 2014 – Film d’ouverture

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