Critique : Wonderstruck

On 18/05/2017 by Nicolas Gilson

Adaptant le roman éponyme de Brian Selznick, Todd Haynes nous plonge avec WONDERSTRUCK dans l’énergie de deux époques à travers le parcours d’enfants qui rêvent d’une autre vie. Il met en scène un récit merveilleux qui nous remplit les yeux d’étoiles et nous déchire (positivement) le coeur. L’approche est magique tant le réalisateur parvient à ouvrir un dialogue entre plusieurs lignes esthétiques. Nous voguons ainsi du cinéma des années 1970 à celui des années 1920 tandis que le film, au-delà de ses enjeux narratifs, est tout à la fois un hommage au cinéma primitif et au Nouveau Hollywood (école Cassavetes). Charmant cabinet des curiosités.

WONDERSTRUCK

Massachusetts, 1977. Ben vient de perdre sa mère, décédée dans un accident de voiture. Il a 12 ans et ne se sent pas à sa place chez sa tante qui l’a recueilli. Farfouillant dans les affaires de sa mère, il trouve un livre ancien consacré aux cabinets des curiosités dans lequel un billet semble être écrit par le père qu’il n’a jamais connu. Au dos de la note manuscrite, l’adresse d’une librairie à New-York. Il décide de s’y rendre. New-Jersey, 1927. Rose est sourde et muette. Elle s’évade avec ses bricolages et trouve refuse au cinéma où elle dévore les films d’une actrice à laquelle elle voue une passion. Malheureuse auprès d’un père autoritaire et distant, elle décide de s’enfuir pour New-York où vit son frère et se produit la mystérieuse actrice.

Le film s’ouvre en 1977. Nous rencontrons Ben alors qu’il se réveille d’un cauchemar où le poursuivent des loups. La réalité de sa situation familiale et sociale s’esquisse en quelques plans. L’absence de sa mère est soulignée par un flash-back où l’enfant tente d’obtenir une réponse à une question pourtant simple : qui est son père. Mais les réponses ne le sont pas toujours… L’esthétique des années 1970 s’impose à nous pluriellement : dans la conception des décors et des costumes dont le réalisme est total comme dans le grain de l’image, la photographie, la sonorité et les emplois musicaux.

Le basculement est total lorsque nous découvrons Rose. L’image est en noir et blanc, le son intradiégéique absent tandis que s’impose une musique de fosse qui accompagne les mouvements et les intentions de la jeune fille. La logique est celle, tantôt monstrative, tantôt expressionniste, d’un cinéma muet de qualité. Les deux ligne narratives s’esquissent en parallèle. Si le contraste entre les approches esthétique est total, la caractérisation des personnages nous imprègne d’un sentiment commun : Ben comm Rose ne se sentent pas à leur place et rêvent d’une autre vie. Tous deux décident de faire route vers New-York et prennent un même chemin. Nous devenons les témoins de ces parcours curieux de découvrir où il les mènent et certains qu’il se révèlera commun. Un élément assoit cette certitude de manière foudroyante : Ben est soudainement sourd, aussi il attaque son périple avec presque le même handicap que Rose.

WONDERSTRUCK cannes 2017

À mesure que les lignes narratives se développent, les lignes esthétiques se contaminent quelque peu, notamment dans leurs sonorités. La musique – quelque fois surabondante – devient un pont entre deux mondes tandis que les déplacements de Ben et de Rose se meuvent en un réel chassé-croisé dont nous seuls avons (alors) conscience. Une intrigue se dessine à travers une mystérieuse femme qui lierait les époques… Le mystère devient conte, le conte devient fable.

Si la qualité du scénario de Brian Selznick est à souligner, invitant Todd Haynes à transposer en deux dynamiques esthétiques celles qui étaient initialement en prose et en dessins, la réalisation est en soi une prouesse. Si l’hommage au cinéma muet est délicieux et celui au nouvel Hollywood étourdissant, le réalisme des décors et la vie qui y est insufflée sont exceptionnels. Todd Haynes propose un réel voyage dans le temps, il ne met pas en scène deux époques, mais nous y plonge littéralement. Nous sortons du film persuadé d’avoir tout à al fois voyagé à New-York en 1927 et en 1977, d’avoir traversé le Queens et de nous être perdu dans le musée des sciences naturelles – voire de nous être fait un super ami.

En un ultime mouvement, le réalisateur nous emporte dans un conte féérique qu’il « anime » sous nos yeux. Un bricolage des plus soffistiqué d’une beauté stupéfiante et d’une folle poésie. Epinglons l’énergie des jeunes acteurs et la grâce de Julianne Moore qui traverse le temps.


Wonderstruck: Extrait HD par cinebel

WONDERSTRUCK
♥♥♥
Réalisation : Todd Haynes
USA / Canada – 2017 – 117 min
Distribution : The Searchers
Fable

Cannes 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle

WONDERSTRUCK Julianne Moore

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