Critique : Viva

On 29/08/2016 by Nicolas Gilson

Nous plongeant dans la réalité de La Havane, Paddy Breathnach s’intéresse au destin de Jesus, un jeune coiffeur qui noue les deux bouts comme il le peut et rêve de monter sur scène. Signant un récit d’émancipation singulier, le réalisateur irlandais propose un riche portrait impressionniste où la dualité d’une ville fait écho au tiraillements qui déchirent Jesus alors que son père débarque dans sa vie, chamboulant du jour au lendemain l’équilibre précaire jusqu’alors établi.

Bienvenue au Pays des merveilles

Au survol de la capitale de Cuba répond l’immersion dans un cabaret où se joue un spectacle de travesti. « Mama » y dirige ses filles et se révèle être un mentor et un père plutôt qu’un simple employeur. Est-il fasciné par le monde du travestissement que Jesus n’est en coulisse que pour prendre soin des perruques qui ponctuent les tenues des différentes transformistes. Au su de la mise en place d’un casting en vue du remplacement d’une fille qui s’est fait la malle, le coiffeur auditionne. Peu convaincue mais désireuse de lui donner une chance, Mama lui met le pied à l’étrier. Le baptême du feu ne sera pas sans conséquence : alors que Viva prend vie sur scène, Jesus doit faire face au père qu’il n’a jamais connu. Et celui-ci est décidé à ne pas le laisser se travestir tout en fermant les yeux sur son autre moyen de subsistance – cette autre réalité d’un Cuba plus chic et touristique…

viva

Fort de nous faire partager l’excitation – quelque peu excentrique – de l’arrière-scène d’un cabaret, Paddy Breathnach nous confronte de la même manière au visage pluriel de La Havane. Le premier mouvement du film tend à impressionner le quotidien de Jesus, entre coiffure peu lucrative et prostitution mal vécue, afin de révéler la libération que constitue pour lui la possibilité de montrer sur scène. Sans aucun misérabiliste ni pathos, le réalisateur dépeint avec justesse un monde qui se ment à lui-même, préférant taire ce qui pourrait faire honte et où les uns se servent ouvertement des autres, sans chercher à regarder la réalité, leur réalité, en face.

Livré à lui-même, Jesus se démerde comme il peut. Lorsque débarque son père, il demeure interdit et se plie au exigences de cet ancien boxeur, aujourd’hui alcoolique et fantôme de celui qu’il pense avoir été. Redevenu enfant, il doit alors trouver la forcer de s’affirmer tout en prenant soin d’un père qu’il cherche désespérément à rencontrer.

Concentrant son attention sur Jesus, Paddy Breathnach nous emporte avec lui dans une ville en pleine mutation, à la fois délabrée – délaissée par les autorité comme Jesus l’a été par son père – et inspirante – ne donne-t-elle pas à Viva sa force et sa grâce ? Il transcende avec habilité l’univers singulier des cabarets et du travestissement, tout en abordant de front la réalité de la prostitution – tolérée contrairement à la publicité honteuse de « la vie de la nuit » – et les méandres de la paternité. Malgré la complexité de l’écriture, et les enjeux soulevés, l’approche, qui se veut réaliste, est d’une pleine légèreté. Interprété avec autant de force que de grâce, le film nous percute tout en nous berçant chaleureusement.

VIVA
♥♥(♥)
Réalisation : Paddy Breathnach
Irlande / Cuba – 2015 – 100 min
Distribution : Cinemien
Drame

BRFF 2016 – Compétition

viva affiche

Viva Viva Viva

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