Critique : Victoria (Justine Triet)

On 14/09/2016 by Nicolas Gilson

S’attaquant de plein pied à la comédie, Justine Triet signe avec VICTORIA un film singulier qui se révèle être une critique brillante de nos sociétés hypersexualisées où tout semble devenir public. Improbable ode à l’intimité, riche de situations absurdes et d’un sens brillant du grotesque, le film réunit à l’écran Virginie Efira et Vincent Lacoste pour notre plus grand plaisir.

« J’aimerais comprendre où ça a commencé à merder chimiquement dans ma vie »

Avocate pénaliste passionnée par son boulot, Victoria est mère de deux petites filles qu’elle élève seule – son ex, opprimé par son succès, tente d’être écrivain. Alors que sa vie sexuelle était jadis prospère, elle enchaîne des rendez-vous foireux… dans sa chambre. Si rien n’est simple dans sa vie, elle a la mauvaise idée d’accepter de défendre son ami Vincent, accusé par sa compagne de tentative de meurtre, alors qu’elle fait partie des témoins – l’agression ayant eu lieu à un mariage d’amis communs où elle se trouvait. Heureusement, elle peut compter sur le soutien d’un ancien client, Sam, qu’elle engage comme jeune-homme au pair.

Victoria justine triet

Nous rendant complice d’entrée de jeu avec son héroïne, Justine Triet prend la peine de confortablement installer son récit avant de le complexifier. Nous sommes ainsi happé par la vie chaotique de Victoria alors qu’elle se rend, bon gré mal gré, à un mariage. À dessein cliché, l’événement se révèle être une grande comédie humaine où les hommes se comportent en animaux et inversement. Si déjà les situations prêtent à sourire, nous en sommes face qu’aux fondations d’un récit aussi complexe (plus que confus) que l’esprit de la protagoniste.

Flirtant avec la romance et jouant avec nos attentes, Justine Triet, qui a un sens aigu de la réplique, compose un scénario riche de ses ellipses au fil duquel Victoria s’épuise pour renaître de ses cendres – le principe même de la comédie laisse présager une finalité heureuse. Témoignant d’une grande liberté dans sa mise en scène, passant du grotesque le plus grossier à l’expression de sentiments d’une justesse foudroyante, la réalisatrice revisite les thèmes qui traversent déjà son premier long-métrage, LA BATAILLE DE SOLFERINO, tout en dressant une critique intelligente d’une société dont elle souligne le ridicule en en proposant un miroir à peine déformé.

Ainsi les iPad des filles de Victoria deviennent leur corps-même tandis que Victoria ne cesse d’être dépossédée de sa propre sexualité – à la fois « tinderisée » et sujet d’un roman en devenir. Mais la magie du film réside dans la revisitation, assez acide mais jamais amère, du mythe du prince charmant auquel, une fois n’est pas coutume et malgré quelques soucis de rythme, on a envie de croire.

VICTORIA
♥♥
Réalisation : Justine Triet
France – 2016 – 96 min
Distribution : Vertigo Films Distribution
Comédie (intelligente)

Cannes 2016 – Semaine de la Critique (film d’ouverture)

Victoria - affiche

Victoria

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