Critique : Une Vie

On 12/11/2016 by Nicolas Gilson

Impressionnant les tourments qui définissent la destinée de Jeanne Le Perthuis des Vauds, Stéphane Brizé tend à nous faire ressentir le temps qui compose sa vie. Afin de s’approprier le premier roman de Guy de Maupassant, le réalisateur opte pour une approche réaliste lui permettant d’observer son héroïne tout en faisant corps avec elle ; tout en exacerbant son ressenti. Incarnée par Judith Chemla, Jeanne est criante de vérité. Toutefois, aussi passionnante son histoire put-elle paraître aux lecteurs du Gil Blas en 1883, elle semble tellement ancrée dans son époque et dans une caste sociale singulière qu’elle ne nous transporte guère.

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Retrouvant la maison familiale lorsque son éducation au couvent prend fin, Jeanne (Judith Chemla) est invitée à entrer dans la vie adulte. Fille de nobles normands, l’aristocrate est la seule héritière de nombreuses fermes et terrains. Désireux de la voir s’épanouir, ses parents lui proposent d’épouser un vicomte ruiné plutôt beau garçon, Julien de Lamare (Swann Arlaud). Libre de porter un choix, Jeanne en tombe amoureuse sans se rendre compte que son mariage causera son infortune.

Nous découvrons Jeanne tandis que son père lui transmet son amour de la terre. Une séquence paradigmatique, lors de laquelle les geste de la jeune femme sont mal assurés, mais témoignent d’un entier émerveillement. Le quotidien de Jeanne prend place, entre évocation d’un passé loin de ses parents qui permet d’envisager une réalité aujourd’hui chamboulée par le début de sa vie d’adulte. L’éblouissante Judith Chemla se veut alors fascinante. La naïveté de Jeanne semble être sienne, découvrant le monde et les normes auxquelles elle doit répondre.

Une vie - yolande moreau - Judith Chemla

Le temps file alors, se superpose. La rencontre avec Julien est-elle à peine évoquée que l’hypothèse du mariage est nourrie d’images illustratives d’un amour naissant qui nous parait – comme à Jeanne – absolu. Mais déjà le temps se brouille, Jeanne semble faire face à elle même ; une Jeanne plus sombre, presque lugubre. Apparaît-elle réfléchir à son avenir qu’elle se révélera mettre en perspective son passé. Un écueil dans lequel s’embourbe malheureusement le réalisateur ; une mise à distance toute rhétorique.

Portant le choix d’une caméra à l’épaule et d’un cadre serré, Stéphane Brizé tente pourtant de déjouer le classicisme tant du film d’époque que d’un cinéma ronflant. Il s’émancipe des codes, rend vivants ses personnages et moderne une héroïne qui ne parvient pas à se plier aux codes de son époque. Jeanne est entière, trop sans doute, jusqu’à se perdre. Nous aurions aimé nous fondre à elle, être transportés puis chavirés jusqu’à sombrer dans le vertige de sa folie. Aussi subjugués sommes-nous par Judith Chemla, nous demeurons spectateurs des transports de Jeanne dont nous espérons presque la mort que le film prenne (enfin) fin.

UNE VIE

Réalisation : Stéphane Brizé
France / Belgique – 2016 – 119 min
Distribution : O’Brother
Drame

Venise 2016 – Sélection Officielle en Compétition
FIFF 2016 – Compétition Officielle

Une vie - afficheJudith Chemla - une vie Une vie - Stéphane Brizé

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