Critique : Una

On 10/07/2017 by Nicolas Gilson

Adaptation de la pièce « Blackbird » de David Harrower, UNA marque le passage (très) réussi derrière la caméra du dramaturge Andrews Matthews. Mettant en scène Rooney Mara et Ben Mendelsohn dans une confrontation vertigineuse entre une victime et son bourreau pédophile, le film nous plonge littéralement dans le trouble qui anime la protagoniste autant qu’il la motive à s’imposer à celui dont elle fut éprise 15 ans plus tôt, lorsqu’elle avait à peine 13 ans. Pleinement sensorielle, l’approche esthétique est étourdissante. Sensationnel (dans le meilleur sens du terme).

BLACKBIRD

Au commencement, il y a l’innocence. Dans une banlieue résidentielle, une jeune fille d’une douzaine d’année se tient assise contre un arbre. L’air ailleurs, comme en attente. Son regard guide le nôtre. Elle avance bientôt d’un pas lent vers une voiture garée, à droite d’une maison, dans une allée qu’elle emprunte, traversant un jardin avant de se tenir face à un cabanon. Elle nous fait face, chemisier ouvert, grossièrement noué laissant paraître un soutien-gorge noir. Au commencement, il y a la fascination aussi. Avant que le film ne s’ouvre sur un travelling avant doublé d’un effet de zoom, la discrète musique de Jed Kurzel attise notre curiosité et assoit un climat entremêlant suspicion et envoûtement. Au commencement, il y a aussi deux Una – l’enfant de 13 ans qui semble faire face à l’adulte de 28 ans qui s’épuise en boîte de nuit, s’offre aux hommes et rentre chez elle au levé du jour. Il s’agit toutefois – et logiquement – de l’inverse.

I do hate the life I had

Enfermée dans la résidence de son enfance auprès d’une mère sur-protectrice et étouffante, Una s’échappe. Elle prend la route, ment, hésite et se rend dans un entrepôt où elle demande à voir Ray. Personne ne semble y porter ce nom selon Scott, un employé qui reconnait toutefois la photographie de son patron, Peter. Peter, c’est le nouveau nom de Ray, l’homme dont Una fut amoureuse ; l’homme qui fut condamné à quatre ans de prison au bout desquels il eut accès à une nouvelle vie. En un instant, le danger se lit dans le regard de l’homme surpris par cette visite. Il veut voir la jeune femme partir alors qu’elle s’impose à lui. Presque malgré elle, Una est là pour lui dire sa vérité. Un huis-clos prend place, faisant du lieu rassurant pour l’homme – de son territoire – un espace empli d’inquiétude où le temps suspend son cours à mesure que les temporalités fusionnent.

UNA_Una_Ray

L’évolution narrative est absolument fascinante mettant en question les certitudes des personnages dans un jeu pluriel de domination où la victime d’hier impose par sa simple présence, son simple regard, une réflexion que Ryan ne cesse de rejeter. Il pense avoir payé sa dette, une dette qu’il réfute d’ailleurs… Pourtant, les faits sont là. Et au-delà, les mots laissent des traces. Comme les actes.

La dynamique de montage (signé Nick Fenton) offre au film son souffle épousant littéralement la respiration d’Una avant de traduire l’étouffement de Ryan. Le passé surgit, ne cesse de surgir, tantôt dans la rupture, tantôt avec fluidité. Una a-t-elle 28 ans qu’elle en a 13 depuis 15 ans. L’approche esthétique semble-telle apriori installer un climat qu’elle traduit pleinement la confusion d’Una – tout en esquissant celle de Ryan, l’un et l’autre étant à jamais liés dès lors qu’il lui ôta son innocence. La photographie de Thimios Bakatakis est admirable. Le travail sur le son – entre silences pères de suspension et effets de coupe foudroyants – induit une sensation de vertige tandis que la composition musicale souligne tant l’organicité que la sensibilité de l’approche. Nous faisons corps avec Una sans parvenir à strictement condamner l’homme qui la fascina.

Esthétiquement étourdissant, UNA atteste du talent de metteur en scène de Benedict Andrews qui à l’instar de William Oldroyd avec LADY MACBETH s’approprie singulièrement le médium cinématographique.


Una: Trailer HD VO st bil par cinebel

UNA
♥♥♥(♥)
Réalisation : Benedict Andrews
Royaume-Uni – 2016 – 94 min
Distribution : Cinemien
Drame

una poster

Une jeune femme décide de se confronter à l’homme qui a abusé d’elle pendant plusieurs années.


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