Critique : Una Mujer Fantastica

On 19/08/2017 by Nicolas Gilson

Pure gageure après avoir séduit la Berlinale en 2013 avec GLORIA (qui valut à son actrice, Paulina Garcia, le prix d’interprétation féminine), Sebastián Lelio relève haut la main le défi de signer un nouveau portrait de femme. Retrouvant au scénario Gonzalo Maza, le réalisateur chilien signe avec UNE MUJER FANTASTICA un film aussi émouvant qu’interpellant sur l’amour et la dignité d’une femme à qui l’on ne reconnaît pas le droit de faire son deuil. S’il parvient à nous fondre au ressenti de sa protagoniste tout en nous confrontant à la violence qu’elle subit, il révèle Daniela Vega dont l’intensité de l’interprétation est époustouflante.

Quand je te vois, je ne sais pas ce que je vois. Une chimère.

Est-ce aujourd’hui l’anniversaire de sa compagne qu’Orlando (Francisco Reyes) n’a plus toute sa tête. De retour au bureau après un détour relaxant par le sauna, il est en tout cas incapable de mettre la main sur une enveloppe. Qu’importe, l’intention compte et c’est avec un « bon à valoir » qu’il se présente à celle qu’il aime, Marina (éblouissante Daniela Vega). Ils passent ensemble une agréable soirée et s’épuisent dans les bras l’un de l’autre… Mais, au milieu de la nuit, Orlando fait un malaise. Tout bascule alors pour Marina qui, devant faire face à la mort, doit affronter la bêtise, la haine et le jugement tant de la famille de son compagnon que de la société.

Una mujer fantástica | A Fantastic Woman 01

Nous invitant à découvrir Marina à travers le regard amoureux d’Orlando, Sebastián Lelio nous permet d’envisager leur couple comme un paradigme. Plongés dans leur intimités, nous savons leurs sentiments sincères qu’importe la différence d’âge et le fait que Marina soit une femme trans. Aux yeux d’Orlando, comme aux nôtres, elle est une femme à part entière, la complice auprès de qui il compte vivre. Aussi, de l’identitaire de Marina nous n’avons que faire lorsqu’elle le conduit à l’hôpital, affolée comme légitimement dans une telle situation. Partageant son vertige et sa douleur, nous recevons comme un uppercut en plein estomac le commentaire du médecin qui met en question son nom. Marina Vidal, un surnom ? Une première épreuve qui n’est que cruauté ordinaire, crachée sans crainte ni pudeur au visage d’une femme dont nous voudrions pouvoir sécher les larmes.

Tour à tour suspectée de meurtre, de prostitution ou de vénalité, et considérée comme un monstre, Marina tente de faire son deuil et de rester digne. Elle se réfugie dans le silence, ne répond pas à la violence qu’on lui témoigne parvenant à trouver la force de se montrer charitable, d’écouter les horreurs débitées et de se plier aux règles qu’on lui impose. Il ne s’agit pas de faiblesse. Bien au contraire. Ce qui lui importe avant tout, c’est l’absence de celui qu’elle aime et qu’elle sent pourtant près d’elle, si près d’elle… et à qui elle désire, plus que tout, pouvoir dire au-revoir. Simplement.

Una mujer fantástica | A Fantastic Woman 03

Fort d’imposer, en quelques scènes, l’amour qui unit Orlando et Marina, Sebastián Lelio trouve la juste distance afin d’observer sa protagoniste tout en transcendant littéralement son ressenti. Est-elle placée face à nous que les mots qui lui sont adressés ou, pire, qui sont employés pour parler d’elle (comme si elle n’était pas dotée d’ouïe) nous heurtent de plein fouet.

Au fil d’une réalisation en tout point maîtrisée, le réalisateur nourrit son approche de notes oniriques (à l’instar des apparitions d’Orlando) ou métaphoriques qui permettent d’exacerber le desarroi de celle qui ne parvient réellement à exprimer sa douleur qu’en frappant un punching ball. La musique sera à nouveau un exutoire, cependant renouvelé jusqu’à faire corps avec Marina. Ancrant enfin un jeu particulier sur le reflet – net ou trouble ; difforme ou régulier – Sebastián Lelio nous confronte à notre propre miroir autant qu’à celui de nos sociétés et questionne habilement les notions de normalité et de monstruosité (tristement ordinaire).


Una Mujer Fantástica: Trailer HD VO st FR/NL par cinebel

UNA MUJER FANTASTICA
♥♥♥
Réalisation : Sebastián Lelio
Chili / USA / Allemagne / Espagne – 2017 – 94 min
Distribution : September Film
Portrait

Berlinale 2017 – Sélection Officielle en Compétition
Ours d’Argent du Meilleur Scénario

affiche una mujer fantasticaUna mujer fantástica | A Fantastic Woman 02mise en ligne initiale le 13/02/2017

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