Critique : Un homme à la hauteur

On 13/04/2016 by Nicolas Gilson

Remake franchouillard de la comédie argentine CORAZON DE LEON de Marcos Carnevale, UN HOMME A LA HAUTEUR est une énième comédie romantique aussi divertissante qu’un chateau gonflable un jour de pluie. Réunissant à l’écran Jean Dujardin, Virginie Efira et Cédric Kahn, Laurent Tirard signe un film pathétique tant la trame narrative et la caractérisation des personnages – comme autant de caricatures – reposent sur une stigmatisation outrancière. Au-delà, l’approche esthétique – une nouvelle variation des aventures du Petit Nicolas sans le héros – pique aux yeux, offrant au « green key » un premier rôle assassin.

Alors que Diane se fait couler un bain, elle reçoit un appel sur sa ligne fixe. Au bout du téléphone un homme l’appelle « maison » : il a trouvé son portable et cherche à le lui rendre. La conversation s’engage plaisamment, si bien que la femme en oublie l’eau de son bain (car oui, visiblement, encore une fois, le siphon d’évacuation permettant qu’une baignoire ne déborde pas ne fonctionne pas). L’homme s’appelle Alexandre et lui fixe rendez-vous le lendemain. Diane, surprise par sa taille – 1m36 – n’en est pas moins séduite…

Un homme à la hauteur - 1 © gaumont-m6-films

Après une séquence introductive qui permet d’exposer le personnage de Diane (au propre comme au figuré), renforcée par un générique qui fait d’elle un objet de regard, le film démarre lorsque le personnage d’Alexandre entre en scène. Jean Dujardin gauchement miniaturisé fait alors face à Virginie Efira. Diane est-elle décontenancée que nous ne pouvons qu’adopter la même expression face à une incrustation franchement ratée qui laisse présager le pire…

Aussi flashy soit l’enrobage, il ne suffit guère à faire nous avaler la pilule. Alors que le procédé repose sur un travail d’incrustation, la technicité n’est pas le seul élément à poser cruellement problème tant le sens des proportions fait défaut : le « mètre trente-six » du personnage d’Alexandre est des plus relatifs, oscillant entre le coude et l’épaule de Diane (dont les talons sont par ailleurs oubliés par tant par les techniciens que le réalisateur), et laissant à penser au personnage de Lewis Carroll. Bref : un sens de la proportion tel qu’on doute de la capacité du réalisateur à réunir les ingrédients nécessaires à la préparation d’un quatre-quart.

L’esthétique est-elle doucereusement artificielle qu’elle ne cesse d’ancrer la « différence » d’Alexandre dans des choix de découpage qui n’ont cesse de souligner sa petite taille sans jamais se fondre à son regard – il s’agit de préférer un contre-champs avec le sommet de son crane en amorce afin que le spectateur soit bien et bien témoin de son handicap.

Un homme à la hauteur © gaumont-m6-films

Car le véritable soucis que pose le film est la stigmatisation de la différence sur laquelle il s’appuie – et plus encore une pleine stigmatisation de l’ensemble des personnages. Passons sur l’évidence de la rencontre, la superficialité de l’ensemble et la caractérisation aussi grotesque que commune des personnages – Diane est belle et supposément intelligente, Alexandre est brillant, riche (ce sacro-saint symbole de la réussite) et fatalement gentil. L’homme est de petite taille mais ce n’est pas un nain ! Une affirmation qui semble lui sauver la mise aux yeux de Diane mais qui souligne les limites (intellectuelles) de l’approche du sujet, des personnages et des scénaristes.

Le « handicap » qui définit Alexandre pourrait être « racial » que le schéma narratif serait le même et plus encore pitoyable. Et c’est ici que les limites de la superficialité de la « comédie » sont meurtrières. Puisque les personnages ne partagent rien si ce n’est quelques situations fugaces, l’intrigue se mord la queue et ne tourne qu’autour de la « différence » d’Alexandre et d’une question aussi maladroite que pathétique : Diane pourra-t-elle surmonter cette épreuve et le regard des autres, normaux comme elle. Est-il affecté par la superficialité de Diane, qu’Alexandre ne lui en tient pas rigueur et se révèle in fine aussi superficiel qu’elle : que lui trouve-t-il si ce n’est sa beauté (à laquelle s’additionnent au mieux la fragilité et la bêtise) ?

Au-delà, Tirard compose des sketchs aussi novateurs qu’un repas de cantine. Fonctionnent-ils qu’ils fâchent tout autant : c’est tellement drôle de renverser un cycliste sans même y faire attention… Alors que nous ne pouvons que nous demander pourquoi diable Cédric Kahn s’est embarqué dans cette galère, nous espérons qu’un jour, enfin, on offre à Virginie Efira la possibilité de faire aure chose que de tomber, fatalement, amoureuse – d’autant plus qu’à force elle aura bientôt fait le tour des possibles. Dans ce marasme, la reprise de Freed From Desire de Gala est notre seule respiration (et encore).

UN HOMME A LA HAUTEUR

Réalisation : Laurent Tirard
France – 2016 – 100 min
Distribution : Cinéart
Comédie romantique

UnHommeALaHauteur_70x100_Bil.indd

Un homme à la hauteur - 2 © gaumont-m6-films

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>