Critique : Un Beau Soleil Intérieur

On 25/09/2017 by Nicolas Gilson

Présenté avant sa première mondiale à la Quinzaine des Réalisateurs comme « la première comédie » de Claire Denis, UN BEAU SOLEIL INTERIEUR déroute dès lors qu’un sourire peine à s’esquisser à sa découverte. Emporté par une Juliette Binoche qui semble passer un casting sous la direction d’Oliver Hermanus (option THE ENDLESS RIVER), le film nous confronte à une galerie de personnages bavards et pathétiques, intimement parisiens, qui au mieux nous agacent et au pire nous filent des envies de meurtre. Aussi, présente-t-il l’intérêt de ne pas nous laisser indifférents. Mais, en faisant fi d’une maîtrise technique évidente, c’est bien le seul.
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Artiste plasticienne, Isabelle (Juliette Binoche) a pour amant un gros connard de banquier (Xavier Beauvois exceptionnel en gougeât) dont elle est amoureuse malgré elle – elle le dit, le pense, le formule, le repense, le reformule, mais ne peut pourtant pas s’empêcher de le voir. Elle est amoureuse, ou croit l’être. Il nous faut alors la plaindre ou la comprendre, au risque de ne pas être captivés par ses questionnements existentiels dont nous maitrisons pleinement les limites – sans nous rendre compte qu’il lui est possible d’être discursive jusqu’à nous donner envie d’être sourds.

Nous la découvrons dans l’intimité d’une chambre d’hôtel, avec déjà l’envie de nous enfuir et de lui dire d’en faire autant. Elle ne le fait pas ; semble en redemander. Difficile dans ces conditions d’avoir quelque empathie. Nous avons néanmoins quelque espérance (après tout, c’est un film de Claire Denis)… avant de nous rendre compte que l’objet-même du film s’avère être un malêtre amoureux, fait de mauvais choix, d’espérances d’absolu et de la nécessité d’en parler. Alors, au lieu de partager son ressenti, nous sommes fondus à celui de ses amants (anciens comme futurs) en nous étonnant de leur calme et en nous amusant de leur acuité à obtenir d’Isabelle ce qu’elle leur donne avec un espoir qu’ils ne partagent pas… Nous voilà crasseux, dans un état de révolte et une certaine violence tant nous avons envie de distribuer des claques – à Isabelle, mais (heureusement) pas que.

Entre ellipses et rencontres, le film nous confronte à une galerie de visages comme de situations où les dialogues paraissent improvisés lorsqu’ils ne semblent pas sur-écrits et récitatifs (les personnages s’écoutant tellement parler qu’il s’agit de monologues). La caméra a beau être, le plus souvent, au plus proche de la peau d’Isabelle que tout est distancié. Comédie… comédie…

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UN BEAU SOLEIL INTERIEUR

Réalisation : Claire Denis
France – 2017 – 94 min
Distribution : O’Brother
Comédie romanesque

Cannes 2017 – Quinzaine des Réalisateurs

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