Critique : Trumbo

On 24/04/2016 by Nicolas Gilson

Derrière le nom de Trumbo se cache le scénariste de quelques chef-d’oeuvres du septième art mais aussi et peut-être surtout la figure de proue de la liste noire d’Hollywood. Réalisé par Jay Roach et scénarisé par John McNamara, TRUMBO se distancie assez librement de la réalité historique afin, paradoxalement, de rendre compte au mieux du sort « les dix d’Hollywood » qui, interdits de travailler dans le cinéma, vont contourner cette prohibition. Gracieux divertissement.

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En plein maccarthysme, alors que la Guerre Froide bat son plein, Dalton Trumbo (Bryan Cranston) est considéré comme un génie de l’écriture scénaristique. Accusé d’être communiste et presqu’aussitôt condamné, il devient infréquentable. Comme plusieurs de ses confrères, il se retrouve « blacklisté » et est alors contraint de travailler, secrètement, sous divers pseudonymes.

Quelques lignes d’intertitres situent le contexte dans lequel prend place le film, rappelant de Dalton Trumbo fut un fervent défenseurs des droits des ouvriers, raison pour laquelle il rejoindra le parti communiste en 1943. Rapidement il s’agit de nous confronter à l’effervescence d’un scénariste en évoquant au fil du générique, par une succession de fondus enchainés, quelques uns des grands titres alors déjà écrits par le scénariste. Nous sommes en 1947, et après une mise en abyme toute artificielle – permettant d’entrée de jeu d’envisager la dynamique esthétique qui sera ensuite déployée – les tensions liées aux suspections de communisme s’imposent. Succède rapidement la propagande « anti-rouge », incarnée par Miss Hooper (Helen Mirren) et ses actualités diffusées dans les salles de cinéma, dont les effets immédiats sur le grand public. La machine est lancée.

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Le scénario de John McNamara s’intéresse au parcours actant de la création de la fameuse liste noire à la réhabilitation, non sans heurt, de Trumblo et de ses confrères. Efficace et quelque peu superficiel, il se compose comme un thriller et tend à épouser le regard de l’auteur non-crédité de VACANCES ROMAINES et de THE BRAVE ONE. Prenant de grandes libertés quand à certains faits historiques et ne prêtant aucune attention aux différents degrés d’écriture dont témoignait Trumbo, McNamara résume une matière complexe afin de la rendre aussi fluide que possible en y « intégrant » quelques images d’archives incontournables comme l’audience du scénariste devant la Commission des activités anti-américaines ou son célèbre cliché à la baignoire.

La mise en scène est léchée, rendant vie avec grâce à près de trois décennies de décors et de costumes. De rebondissement en rebondissement, alors que les années se succèdent, nous prenons plaisir à découvrir l’évolution du personnage incarné par Bryan Cranston et à retrouver Helen Mirren sans parvenir néanmoins à nous empêcher de penser que John McNamara n’est pas Dalton Trumbo et que Jay Roach est loin d’avoir la vision d’un Stanley Kubrick (étrangement absent) ou d’un Otto Preminger (très caricatural).

TRUMBO
♥(♥)
Réalisation : Jay Roach
USA – 2015 – 124 min
Distribution : September Film
Comédie dramatique

Trumbo - affichetrumbo

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