Critique : Tout Nous Sépare

On 06/11/2017 by Nicolas Gilson

Avec TOUT NOUS SEPARE, Thierry Klifa propose la confrontation entre deux mondes afin d’en saisir, chaleureusement, les traits communs. Offrant Sète pour cadre au film, il retrouve Catherine Deneuve et Nicolas Duvauchelle, et force la rencontre de petits malfrats d’une cité avec une entrepreuneuse bourgeoise. Si les ficelles du thriller alors mis en place peuvent tenir de la caricature, la réalisateur parvient dépasser cette impression grâce à la fois à l’ambivalence qu’apporte Catherine Deneuve à son personnage (une ambiguïté qui parcourt le scénario) et à l’humanité qui émane de l’interprétation – soulignons la justesse de Nekfeu (Ken Samaras), qui décroche son premier rôle au cinéma, comme de Sébastien Houbani.

Les jours de chance, ça n’existe pas

De retour à Sète, Rudolph (Nicolas Duvauchelle) reprend les rennes de son petit business abandonnées à ses complices Ben (Nekfeu) et Karim (Sébastien Houbani), et remonte sa pouliche, Julia (Diane Kruger). Si tous voient en lui un improbable messie, les premiers ont un peu merdé en son absence et la seconde ne semble pas comprendre qu’il ne cherche rien de sérieux. Les petites frappes doivent rembourser une somme conséquente à un caïd plus imposant et Rudoplh voit en Louise (Catherine Deneuve), la mère de Julia, la poule aux oeufs d’or. Ces premiers enjeux mis en place avec efficacité, Thierry Klifa les complexifie en actant la disparition de Rudolph. Ancrant alors la culpabilité de Julia comme la puissance et l’aveuglement de la figure maternelle incarnée avec absolutisme par Catherine Deneuve, le réalisateur développe un jeu de chantage et de manipulation nourri d’une dynamique de séduction (voire d’une tension sexuelle) qui conduit à l’étrange questionnement de savoir qui manipule vraiment qui ; qui forcerait, in fine, la rencontre…

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La construction scénaristique se fait à gros traits : tout est « explicité » du chantage (relayé par Ben) à la disparition de Rudolph jusqu’au l’handicap de Julia (Diane Krüger) qui justifie benoitement son addiction (aux drogues comme à son amant) et à la crédibilité de son accent allemand alors qu’elle parle en français avec sa mère depuis au moins 30 ans (une mère qui n’est jamais interprétée que par l’une des plus grandes ambassadrices de la langue française). Bien que rendue « digeste », l’intrigue pose question au regard du comportement de Louise qui, malgré sa situation (et un piano à queue qui trône, sans autre raison que la grandiloquence qu’il impose, dans l’entrée d’une demeure qui ravirait n’importe quel antiquaire), ne parvient pas à réunir le montant demandé.

Un manque possible de crédibilité qui assoit paradoxalement l’intérêt du film. La lisibilité outrancière de la ligne narrative première ne serait-elle pas une invitation à regarder au-delà, à s’intéresser au noeud même de cette rencontre, cet échange indicible entre Louise et Ben ? Présente dès l’ouverture du film, en dehors de tout enjeu, Louise ne vampiriserait-elle pas le jeune homme ? Louve indomptable derrière ses attributs bourgeois, Louise séduira Ben sous nos yeux et conduira la manipulation à basculer irrémédiablement tandis que Ben demeurera inconscient de cette dynamique…

Les enjeux du thriller n’importent pas tant dans leur résolution en tant que telle, mais dans les échanges qu’ils permettent et que le réalisateur parvient à transcender par l’alchimie des corps et des regards – dans la complicité naissante entre Ben et Louise, mais aussi dans l’intimité « amoureuse » ou l’amitié réunissant Ben, Karim et Rudolph. Des suspensions au coeur d’une mise en scène énergique et efficace actées par autant de parenthèses « grammaticales » qui se révèlent être des respirations pleines de sens.

TOUT NOUS SEPARE
♥♥
Réalisation : Thierry Klifa
France – 2017 – 98 min
Distribution : Distri7
Thriller

FIFF 2017 – Regards du présent

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