Critique : Tout De Suite Maintenant

On 20/06/2016 by Nicolas Gilson

Sondant le microcosme des finances, Pascal Bonitzer propose un regard critique sur le devenir d’une société tournée vers « l’immédiateté ». Satire d’une maxime propre au cadre où se tisse son intrigue, TOUT DE SUITE MAINTENANT est nourri de romantisme et de romanesque, faisant de son héroïne celle d’un côte moderne. Dans le rôle de la belle endormie, désinvolte et carriériste, Agathe Bonitzer est subjuguante. Intelligent.

« Réfléchir, c’est pour les faibles »

Jeune trentenaire ambitieuse, Nora Sator (Agathe Bonitzer) vient de décrocher un nouveau poste dans la haute finance. Entrant en fonction, elle fait face aux tensions et aux rivalités du milieu dans lequel elle a choisi de faire carrière. Une décision à l’opposée de celle de son père (Jean-Pierre Bacri) qui a préféré le domaine de la recherche après avoir pourtant fait ses études avec les patrons de Nora. Alors que les destins s’entremêlent et les intrigues professionnelles se tissent, Nora est intriguée par cette découverte…

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En un même mouvement, l’ouverture du film nous confronte à l’ascension de Nora et à sa confrontation soudaine à la réalité. Nous pénétrons avec elle au sein de l’entreprise de conseils qu’elle intègre, circulant dans les couloir selon le rythme déterminé de ses pas et découvrant son assurance jusqu’à ce qu’elle prenne le bureau – vide – de son collègue Xavier (surprenant Vincent Lacoste) pour le sien. L’espace devient un premier révélateur, une première grille de lecture des règles hiérarchiques et « statutaires ». Appelée dans le bureau de son patron, Nora est confrontée à la personnalité des bureaux de ses supérieurs (et inversement). Aussi déterminée soit-elle, Nora paraît alors être une oie blanche, déstabilisée par l’évocation du nom de son père. Déstabilisée, mais aussi déterminée à ne pas l’être ou, surtout, à montrer qu’elle ne l’est pas.

À l’intrusion de la vie familiale de Nora dans la sphère du travail, répondent la complicité avec sa soeur Maya (Julia Faure) et un repas de famille qui assoit la dynamique de relation entre les filles et leur père. Le scénario écrit par Pascal Bonitzer avec la complicité d’Agnès de Sacy est habilement construit. Faisant de Nora l’héroïne du film, il est empli de romanesque et établit un degré de complicité avec le spectateur nous permettant d’anticiper la complexification de l’intrigue tout en excitant notre attention. Aà la rivalité entre Nora et Xavier – du moins le vit-il comme cela – répond celle entre les supérieurs de Nora et son père lorsqu’apparaît la figure de Solveig (Isabelle Huppert), épouse de l’un d’eux. Aussi vampirique qu’alcoolique, Solveig irritera Nora en se permettant de juger son père. Ce sera un premier déclencheur.

Agathe Bonitzer Isabelle Huppert Tout de suite maintenant

Deux microcosmes se confrontent jusqu’à se confondre, conduisant Nora à un raisonnement loin de ses préoccupations initiales dans un univers dominé par l’argent et le pouvoir, où l’intelligence est un valeur (d’échange) mais où « réfléchir, c’est pour les faibles ». Et si cet adage est vrai, alors autant dire que les scénaristes sont bien faibles tant les caractérisations (jusque dans les décors et les costumes) et les situations semblent pensées, pesées, avec soin. Sous la loupe de Bonitzer, le monde de Nora fait écho au nôtre. Marginale comme son père, Maya, bien que secondaire, sera notre éclaireur asseyant la dichotomie d’un monde : « Des esclaves, voilà ce que vous êtes », dira-t-elle avec une lucidité naïve.

« Des esclaves, voilà ce que vous êtes »

Outre l’expressivité des décors qui transcende visuellement une réalité plurielle, la justesse des dialogues nourrit la caractérisation et dynamise le récit sans pour autant jamais en être une vulgaire clé. Il s’agit d’impressionner nos sens en offrant aux silences et aux regards toute leur signification. Le romanesque (transgénérationnel) insufflé par les scénaristes traduit leur humanisme, mais aussi l’espoir d’un monde plus riche – d’échanges, de réflexion et de véracité. Le parcours individuel de Nora questionne in fine le nôtre – si toutefois nous nous acceptons de nous montrer faibles, et donc faillibles. Un parcours ponctué d’impressions et d’allégories à l’instar d’un chien aussi irréel que saisissant…

Au découpage habile et à la mobilité de la caméra répond un montage dont la dynamique est au service d’une forme d’impressionnisme qui se retrouve d’ailleurs dans l’emploi, judicieux, de la musique se déployant par petites touches. Le casting est enfin la clé de voute de l’ensemble. Jean-Pierre Bacri, Lambert Wilson, Pascal Gregory et Isabelle Huppert offrent aux seconds rôles et à « leur génération » la (dé)mesure de leurs (dé)illusions. Offrant à Agathe Bonitzer un premier rôle de jeune femme « active », Pascal Bonitzer lui permet de confirmer tout son talent (qui exprimerait un doute n’a qu’à découvrir A MOI SEULE). Il trouve enfin en Julia Faure et Vincent Lacoste l’expression de caractères multiples en les contraignant à sortir d’une possible zone de confort.

TOUT DE SUITE MAINTENANT
♥♥
Réalisation : Pascal Bonitzer
France / Belgique – 2016 – 98 min
Distribution : Victory Productions
Comédie dramatique

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