Critique : Toni Erdmann

On 14/08/2016 by Nicolas Gilson

Éreintant dès son introduction, TONI ERDMANN finit par nous séduire lorsque la réalisatrice et scénariste Maren Ade enchaîne les basculements à ce point abscons qu’il en deviennent éblouissants. Le film peine-t-il à prendre son envol que son dernier tiers est fascinant. Un exercice aussi délicat qu’agaçant et facétieux qui vaut le détour. Le tableau humain que la réalisatrice met en place se voulant aussi intime qu’universel. Un film à l’énergie multiple qui nous irrite pour mieux nous subjuguer. Déroutant.

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Wilfried (Peter Simonischek) ne semble pas prendre la vie au sérieux. Marginal, il s’amuse de plaisanteries et de leur redondance sans sembler se soucier de l’agacement qu’il suscite auprès de son entourage. Désireux de se rapprocher de sa fille Ines qui travaille en Roumanie, il s’envole pour Bucarest et s’impose littéralement à elle le temps d’un week-end qu’elle dira être le pire de son existence. Trouvant sa fille éteinte, Wilfried ne compte pas abandonner le but qu’il semble s’être fixé et se transforme en Toni Erdmann, un homme des plus fantasque.

Sous la forme d’un chassé-croisé entre les protagonistes, le scénario se construit chronologiquement au fil d’ellipses en épousant tantôt le point de vue du père, tantôt celui de la fille. Le quotidien de Toni fait place à celui de la fille, en un terrain neutre, les tensions entre les personnages sont exacerbées afin qu’ils puissent se faire face et se mettre à nu. Les questions les plus anodines trouvant alors l’ampleur que l’on manque tout un chacun de leur accorder. Il ne suffit pas d’avoir des yeux pour voir ni des oreilles pour entendre. Pour se réveiller, n’est-il avant tout pas nécessaire de prendre conscience que l’on dort ?

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Le caractère abrupte de l’evolution narrative fait écho à la réalité du couple de protagonistes. Des réalités qui ont du mal à s’interpénétrer si ce n’est par provocation et par contradictions. Nourrissant son approche d’un humour pluriel, digne d’un coussin-péteur comme le souligne Ines ou riche de poésie comme le prétend son père, Maren Ade a le talent de nous dérider et, à défaut ou de manière concomitante, de nous intriguer. Père et fille incarnent deux mondes et autant de réalités, deux générations aussi qui ne regardent pas le monde de la même manière ni ne lui donnent la même valeur.

Sans crainte du ridicule, Peter Simonischek et Sandra Hüller livrent une interprétation sidérante de justesse. Ils gomment toute hypothèse de représentation pourtant marquée par une mise en scène relativement plate dont la froideur et la fadeur font écho à celles de la réalité. Ils offrent au film sa couleur, éclatante.

TONI ERDMANN
♥♥(♥)
Réalisation : Maren Ade
Allemagne – 2016 – 162 min
Distribution : September Film
Chassé-croisé familial

Cannes 2016 – Sélection Officielle en Compétition

Toni Erdmann affiche postertoni-erdmann-maren-ade

mise en ligne initiale le 15/05/2016

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