Critique : Thelma

On 28/11/2017 by Nicolas Gilson

Quatrième collaboration entre Joachim Trier et Eskil Vogt au scénario, THELMA nous plonge au coeur d’un thriller fantastique où nous sommes transportés autant que la protagoniste dans un tourbillon amoureux. Les pulsions se mêlent au fantasmes, le rationnel au surnaturel : désarçonnant, fascinant et envoûtant.

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Lorsque Thelma quitte la maison familiale pour étudier à Oslo, c’est une nouvelle vie qui démarre. La jeune fille est toutefois rapidement sujette à une crise qui pourrait être épileptique, mais préfère cacher cet incident à ses parents trop oppressants. Questionnant son dossier médical afin de comprendre ce qui lui arrive, elle ouvre une boîte de pandore. Parallèlement, enivrée par un vent de liberté, entre attraction et répulsion, Thelma se découvre des pouvoirs surnaturels tandis qu’elle est irrémédiable attirée par Anja. Des sentiments que ses dévots de parents ne pourraient pas comprendre.

L’ouverture du film nous plonge dans une logique de conte dont le merveilleux vole rapidement en éclats. La beauté de la nature hivernale et enneigée norvégienne révèle ce qu’elle a de plus glaçant alors qu’une fillette accompagne son père à la chasse. Tous les éléments de la tragédie sont mis en place à mesure que Joachim Trier assoit une ligne esthétique majestueuse au cœur de laquelle, déjà, le son irradie nos sens. Nous sommes tout à la fois hypnotisés et fascinés. Choqués aussi.

Le prologue sonne comme un avertissement. Nous retrouvons ensuite Thelma sur le campus universitaire. Fourmi parmi les autres, elle est l’objet de notre attention avant que nous ne partagions son ressenti. Nous percevons son trouble en y mettant les raisons – amoureuses et pulsionnelles – qu’elle ne peut concevoir tout en nous interrogeant sur sa vraie nature des lors que son émoi (qui se meut en ce qui paraît être une crise d’épilepsie) engendre un dérèglement dans le comportement des oiseaux. Nous sommes plongés dans une atmosphère doute rendue d’autant plus déconcertante que le récit s’ancre dans une logique réaliste.

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Nous devenons témoins de la perversion de l’éducation pour le moins extrémiste imposée à Thelma par des parents trop surveillants et castrateurs, tout en partageant le trouble de la jeune fille qui est confrontée à un grisant trop plein de liberté. Enivrée par un sentiment amoureux, elle convoque malgré elle la nature et semble moduler son environnement en raison de son désir (une série de scènes franchement allégoriques questionnant la « féminité » tout à la fois onirique, fanstasmagorique et verisimilaire). La tentation prend la forme d’un serpent, la passion celle de la fièvre…

Fort de donner au film un caractère mystérieux et fantastique, Joachim Trier construit son scénario comme une puissant thriller dont la force principale est de ne jamais nous permettre de douter du caractère surnaturel de son héroïne (et surtout de l’intégrer comme vrai et « normal » – une normalité qui devient par ailleurs un des enjeux du film). Troublée par Alma, Thelma l’est tout autant par le passé qui la rattrape, et nous avec.
Si le travail sur, la photographie, le son comme l’emploi de la musique est étourdissant, l’ensemble de l’approche esthétique est pleinement maîtrisée, le montage – visuel et sonore – devenant le garant de notre trouble et de notre fascination. Ainsi, nous sommes littéralement transportés les enjeux soulevés par Joachim Trier.

Mettant en scène des personnages dévots, c’est sans surprise que THELMA traîne de la question de la culpabilité. Toutefois, Joachim Trier envisage cette ligne thématique en la croisant à celles de la famille et de l’affirmation de soi – des enjeux qui animent son cinéma. La paradigme familial est sera d’autant plus mis en question qu’il est la paradoxal coeur du mensonge. Thelma doit en effet mettre en cause toutes les vérités reçues – parentales comme religieuses – à mesure qu’elle apprend à s’écouter elle-même et à s’affirmer. La liberté individuelle n’est toutefois pas une fin en soi : comme dans OSLO 31 AOUT ou LOUNDER THAN BOMB, elle ouvre un autre axe d’interrogations – qui nous animent autant que les personnages. Le cinéaste questionne la vérité des sentiments amoureux et tout libre arbitre – quelle serait l’influence des sentiment de l’un.e sur l’autre ? Une question vertigineuse qu’il met habilement en perspective selon une logique de fantasme et de projections.

thelma trier kiss gif

THELMA
♥♥♥♥
Réalisation : Joachim Trier
Norvège / France / Danemark – 2017 – 116 min
Distribution : Imagine Film
Thriller fantastique

Film Fest Gent 2017 – Compétition Officielle / Explore Zone

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