Critique : The Sea of Trees

On 27/04/2016 by Nicolas Gilson

Copieusement hué lors de sa présentation à la presse à Cannes, THE SEA OF TREES repose sur une construction narrative d’une lourdeur incommensurable tandis que la mise en scène de Gus Van Sant (que l’on a connu plus inspiré) est tout à la fois mécanique et (trop) grandiloquente. Le cinéaste nous sert une soupe dont de nombreux ingrédients, pourtant hallechants, n’ont aucune saveur. Éprouvant.

Arthur Brennan se rend à l’aéroport, direction le Japon. Un aller sans retour (doublement prémonitoire). Il fait route vers la forêt d’Aokigahara, surnommée la forêt des suicidés. Son parcours, de plus en plus sinueux, aux confins de l’onirisme, est jalonné de souvenirs…

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La mise en place assoit d’emblée une dynamique d’insistance nous conduisant à constater l’état psychologique du protagoniste et sa détermination. Court-il vite vers la forêt des songes que sa mécanique déterministe déraille au fil de rencontres et d’évènements aussi improbables et illogiques qu »alarmistes. L’onirisme s’impose-t-il que nous en demeurons les témoins à défaut de pouvoir partager le ressenti d’Arthur – par ailleurs bien bien visible.

Mais la litanie qui s’ancre peu à peu est nourri, ou plutôt anéantie, par une série de flash-backs nous confrontant à l’évolution de la vie sentimentale du personnage alors que son couple bat de l’aile – Nos souvenirs… L’écriture est alors caricaturale et poussive au point d’être ridicule – un jusqu’au boutisme pleinement assumé dans la mise en scène et le montage de ces séquences tellement affectés que c’en devient risible.

Alors qu’Arthur se sent responsable de la mort de sa compagne – raison du désir d’en finir avec sa propre vie – Gus Van Sant a au moins le mérite de nous surprendre avec celle-ci (même si la scène où elle prend place est cousue de fil blanc). Enrobé, sur-joué, sur-souligné : chaque flash-back est plus assassin que le précédent. Ponctuées d’éléments sur lesquels le réalisateur n’insiste que trop, ces réminiscences trouvent fatalement un écho dans le cheminement du protagoniste au fil de son errance ou de sa perdition dans la forêt des songes…

A une interprétation en demi-teinte au point de paraître toujours plus poussive et artificielle (et avec Matthew McConaughey au casting, c’est franchement pitoyable), répond une musique plus encore épouvantable qu’éprouvante. Rarement un film aura été aussi creux tellement l’approche dans son ensemble est appuyée. Nous voudrions rire que l’envie de pleurer nous gagne, car l’acuité de Gus Van Sant à créer une atmosphère demeure palpable, au loin, derrière les vapeurs nauséabondes de l’artificialité.

THE SEA OF TREES
La forêt des songes / Nos souvenirs

Réalisation : Gus Van Sant
USA – 2015 – 120 min
Distribution : Belga film
Drame

Cannes 2015 – Sélection Officielle – Compétition

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