Critique : The Other Side of Hope

On 16/03/2017 by Nicolas Gilson

Véritable magicien, Aki Kaurismaki a mis en place un langage cinématographique propre où le burlesque dialogue avec l’absurde. Entremêlant humour et romance, il transcende avec malice la réalité du monde. Deuxième volet d’une trilogie sur l’immigration entamée avec LE HAVRE, THE OTHER SIDE OF HOPE conte la rencontre entre un Finnois las de son quotidien monochrome et Syrien qui demande asile en Finlande. Un film drôle et émouvant d’une grande poésie.

D’entrée de jeu Kaurismaki assoit le ton burlesque du film. C’est ainsi que Khaled (Sherwan Haji) apparait couvert de suie, émergeant littéralement de la réserve à charbon du cargo qui l’a conduit en Finlande, et que nous découvrons Wikström (Sakari Kuosmanen) lors une scène de rupture drôlissime (valise en main). L’un arrive dans un pays qu’il ne connaît pas, l’autre est usé par un espace qu’il ne connait que trop. Comme souvent chez Kaurismaki, ils se croisent avant de se rencontrer. Le scénario épouse leur parcours respectif tandis que le premier découvre les affres du système administratif et le second décide de réaliser son rêve, à savoir gérer un restaurant.

The Other Side Of Hope - Malla Hukkanen © Sputnik Oy

Le trait semble-t-il épais qu’il est d’une magistrale finesse. Kaurismaki croque personnages et situation pour nous confronter à une pure représentation du réel. L’approche est frontale comme pour souligner l’artificialité des récits qui prennent place. Le réalisateur signe une nouvelle fable qui se dessine comme un miroir (certes grossissant) de la réalité. Et son humour aigre-doux – voire même potache – est la meilleure des manières d’assurer l’adhésion du public.

Aki Kaurismaki acte du quatrième mur que celui-ci représente, nous confrontant à un monde qui n’est autre que celui dans lequel nous évoluons et dont il souligne l’absurdité pour mieux en révéler l’humanité. Rattrapés par leur passé – qui a forgé leur identitaire – les personnages principaux vivent une expérience qui nous semble kafkaïenne au fil de laquelle nous découvrons d’amusantes caricatures – de figures exquises de l’administration à de ridicules néo-nazis en passant par un banquier vénal ou un gangster savoureux.

The Other Side Of Hope - Aki Kaurismaki - Malla Hukkanen © Sputnik Oy

L’approche visuelle est éblouissante. Ne cessant de d’asseoir l’artifice, Kaurismaki fait preuve d’une véritable acuité au découpage et travaille de manière admirable la lumière et les ombres. Il offre au film une véritable identité graphique qui semble renvoyer à la fois à l’expressionisme allemand et aux meilleurs caricatures de presse.

Son goût pour la musique, et particulièrement la guitarre, traverse le film. C’est ainsi que de nombreuses transitions sont actées musicalement « live », soulignant le caractère « spectaculaire » du cinéma tout en, paradoxalement, nous rappelant qu’il n’y a peut-être rien de plus réaliste. Car derrière la projection des images, comme derrière toute caricature, il y a la réalité d’un monde dont le réalisateur expose les failles (à l’instar de contraste entre une décision judiciaire disant la Syrie sûre et les images des bombardements sur Alep). Le rire permet alors de sécher nos larmes pour, peut-être, mieux nous révolter.

THE OTHER SIDE OF HOPE
♥♥♥(♥)
Réalisation : Aki Kaurismaki
Finlande – 2017 – 98 min
Distribution : Cinemien be
Comédie dramatique / Drame burlesque

Berlinale 2017 – Sélection Officielle en Compétition

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the-other-side-of-hope-04ToivonTuollaPuolen1_photo_by_Malla_Hukkanen_Sputnik_Oy-The-Other-Side-Of-Hopemise en ligne initiale le 15/02/2017

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