Critique : The Lady in the Van

On 10/04/2016 by Nicolas Gilson

Nouvelle collaboration entre Alan Bennet et Nicolas Hytner, THE LADY IN THE VAN est l’ingénieuse adaptation de la pièce de théâtre éponyme, écrite par le dramaturge et montée par le metteur en scène en 1999 avec déjà Maggie Smith dans le rôle titre. Comédie douce et amère, le film prend source dans la mémoire de l’auteur qui, se mettant en scène avec un délicat ton sarcastique, transcende toute hypothèse d’évocation en nous plongeant au coeur d’une mise en abyme savoureuse.

Dans les années 1970, Alan Bennett s’installe dans le quartier londonien de Camden Town. Il y découvre et observe une femme qui vit dans sa camionnette pour le plus grand déplaisir des habitants de la rue où elle décide de se garer. La curiosité du dramaturge est d’autant plus attisée lorsqu’elle s’installe dans Gloucester Crescent où se trouve sa maison. L’écrivain sait alors que c’est le début des « ennuis » pour l’homme à la personnalité moins affirmée qu’il ne l’aimerait…

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D’entrée de jeu, l’approche est teintée d’un humour singulier nous rendant en quelques plans complices d’un personnage dont on ne sait encore rien (campé par une divine Maggie Smith) et ironisant sur la véracité du récit qui va être développé. Non sans surprise, Alan Bennett (interprété avec nuances par Alex Jennings) se révèle être le protagoniste. Faisant de lui le conteur de sa propre histoire en devenir, le scénario repose sur une savante construction où s’entremêlent la réalité et la fiction ;  les souvenirs et les projections.

À force de commentaires, le protagoniste divisé en deux personnages – l’écrivain et l’homme bien moins assuré que sa plume – revisite sa rencontre avec celle qui révéla s’appeler Miss Shepherd et qui installa sa camionnette dans l’allée de sa maison durant 15 ans… Ouvrant un dialogue avec le temps et la mémoire, le scénario est une véritable réflexion sur le travail d’écriture, sur la perception des choses ou encore la fascination, soit-elle masochiste, que l’homme peut avoir pour ses semblables. Se moquant de ses faiblesses, Alan Bennett met en exergue l’importance que prend sa mère dans son travail et comment cette femme inconnue, qu’il dépeint avec une prose des plus fleurie, revêt malgré elle – et malgré lui – un étonnant rôle de substitution.

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Mais parle-t-il de lui-même qu’il esquisse un portrait tendre de cette « Lady » qui lui permet de s’intéresser à la réalité des femmes de sa génération tout en croquant merveilleusement l’Angleterre des années 1970 et 1980. Les personnages secondaires sont-ils savoureux qu’ils permettent d’ironiser une certaine bienséance sans que jamais le caractère « intellectuel » du dramaturge ne soit épargné… Lui qui, recevant des jeunes hommes à une heure tardive, ne peut qu’être communiste aux yeux de celle pour qu’il a une réelle affection.

Au fil de son approche, Nicholas Hytner offre au film un caractère suranné des plus délectable. Au réalisme des décors répond une légère extravagance des costumes qui va de pair avec la dynamique d’interprétation. Il croque ses personnages à l’image de la caractérisation qu’en fait le dramaturge dont il nous rend proprement complice tout en nous égarant à dessein dans les méandres de sa pensée. Et lorsque le film prend fin, nous avons l’impression d’appartenir au voisinage que nous sommes néanmoins contraints de quitter, le coeur heureux.

THE LADY IN THE VAN
♥♥(♥)
Réalisation : Nicholas Hytner
Royaume-Uni – 2015 – 104 min
Distribution : Sony Pictures Belgium
Comédie mélancolique

The Lady in teh van - affichethe-lady-in-the-van-Alex Jennings The Lady In the Van - Maggie Smith

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