Critique : the KILLING of a SACRED DEER

On 12/10/2017 by Nicolas Gilson

Afin de nous confronter à nos démons, Yorgos Lanthimos compose une époustouflante tragédie. Avec THE KILLING OF A SACRED DEER , il creuse plus avant les perversions humaines en s’y intéressant de manière absolue en convoquant le « divin ». Il signe avec Efthymis Filippou un scénario génialissime et attise nos sens à travers une esthétique littéralement fantastique qui offre au film un caractère anxiogène radical toutefois dépourvu de dogmatisme. Se surpassant, il nous ébahit, nous décontenance et nous pétrifie tout en nous éblouissant. Médusant.

Steven (Colin Farrell) est un brillant chirurgien spécialisé en cardiologie. Il est marié à Anna (Nicole Kidman), non moins brillante ophtalmologue, avec qui il a deux enfants, Kim (Raffey Cassidy) et Bob (Sunny Suljic). Depuis quelque temps, il a secrètement pris son sous aile un mystérieux adolescent, Martin (Barry Keoghan). Bientôt menaçant, celui-ci le contraint à un sacrifice. Une nouvelle fois le cinéaste grec compose un scénario épatant nourri de satire et d’absurde. Moquant une certaine bourgeoisie, il met en scène des personnages ayant une bien haute estime d’eux-mêmes et les place devant un miroir. Incapables de se faire face comme d’accepter de prendre le risque de perdre pied, ils révèlent toutefois leur vraie nature à mesure qu’ils sont acculés par une situation qui les force à agir en qualité « divine ».

The Killing of a sacred deer - Martin - Barry Keoghan

Essayant la réalité huppée des personnages, Yorgos Lanthimos souligne habilement leur personnalité au fil de leurs interactions. La froideur d’Anna à l’égard de Kim et sa préférence pour Bob s’opposent à la relation que Steven entretient avec ses enfants – l’homme étant plus tendre avec sa fille et autoritaire avec son benjamin. Parallèlement à cette exposition, il attise notre curiosité autour du personnage de Martin, un adolescent plus âgé que ses enfants que Steven rencontre en prenant garde d’être discret. Nous rendant témoin des mensonges du chirurgien, Yorgos Lanthimos offre à Martin une dimension des plus inquiétiante. Si la dynamique des rencontres est simple, presque caricaturale au point de nous faire douter d’une possible paternité antérieure et cachée, il orchestre chaque rencontre d’une sonorité horrifique ou angoissante jusqu’au moment où Martin tombe le masque et révèle ce faisant ceux de Steven et d’Anna.

Pénétrant la sphère familiale et mettant à mal un axe de moralité, Martin prétend être à l’origine de la paralysie qui frappe bientôt Bob. Accusant Steven de meurtre, il exige de lui un sacrifice. Le film bascule alors vers le symbolisme et nous demande d’adhérer à une force qui dépasse toute rationalité. Une force divine, symbolique ou métaphorique. La scénario tend alors litteralement au fabuleux. Il est spécialiste du coeur, elle des yeux. Il ne ressent rien, elle est aveugle. Les personnages sont ceux d’un conte cependant loin d’être manichéen. Au coeur de celui-ci, Kim et Bob, frappé par le destin, doivent rivaliser pour leur survie…

THE-KILLING-OF-A-SACRED-DEER-Colin-Farrell-Yorgos-Lanthimos_m

Mettant une nouvelle fois à mal le paradigme familial, Yorgos Lanthimos pousse plus avant sa critique – savoureusement cynique et analytique – du comportement humain et de la moralité que d’aucuns revendiquent. Il nous invite ce faisant à questionner nos propres comportements en nous plaçant dans la position singulière de la catharsis. Se réappropriant des codes types de la science-fiction et du cinéma fantastique, il développe une ligne esthétique hypnotisante, vertigineuse et anxiogène, souvent inquiétante, qui ne cesse de se moduler à mesure que s’inscrit une certaine déraison, à mesure que le film bascule, inexorablement, vers la tragédie.

Deux lignes musicales se nourrissent, quelques bribes de compositions classiques qui encadrent des virgules aux sonorités inquiétantes ou baroques, offrant à l’ensemble une tonalité menaçante. Soulignant tout à la fois le vertiges des personnages et leur enfermement avec l’ouverture du diaphragme et le choix des focales qui ouvrent le cadre et créent de très longues perspectives, il nous place dans une position d’observateurs (comme de juges), affirmant par là la nature du spectacle comme notre possible propre position absolue. Et s’il nous glace les sangs, il nous invite à rire des personnages comme de nous-même… Toutefois son génie tient en sa capacité à nous faire douter de tout comme craindre le pire, ne cessant de nous surprendre tant il ne nous emmène jamais là où nous pensons aller.

the KILLING of a SACRED DEER
♥♥♥♥
Réalisation : Yorgos Lanthimos
USA – 2017 – 107 min
Distribution : Imagine Film
Fable horrifique / Drame fantastique / Tragédie

Cannes 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle

The Killing of a sacred deer - poster - affichemise en ligne initiale le 22/05/2017

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>