Critique : The Jungle Book

On 06/04/2016 by Nicolas Gilson

Nouvel opus en « prise de vue réelle » de Disney, THE JUNGLE BOOK est le remake contemporain du classique de l’animation réalisé par Wolfgang Reitherman en 1967. Plus sombre, le film orchestré par Jon Favreau s’appuie paradoxalement sur des images de synthèse pour tendre à un rendu hyper réaliste. Tout en tentant de faire preuve d’originalité la volonté est claire de ne pas trop se distancier de l’oeuvre originale. C’eut pu être pire : le résultat, quoique désappointant, est saisissant. Toutefois, quel est le public cible ?

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Elevé au coeur de la jungle par des loups, Mowgli est la proie de Shere Khan un tigre qui le considère comme une menace. Lorsque la trêve entre les différents animaux prend fin avec l’arrivée des pluies, l’enfant décide de quitter sa meute pour protéger les siens. Il est guidé vers les hommes par la panthère Bagheera avant de se perdre dans l’immensité de la végétation…

Introduit par la voix d’un narrateur, le récit de Mowgli nous est livré comme tel. Les personnages et les enjeux sont mis en place jusqu’à ce que l’aventure ne s’inscrive lorsque l’enfant-loup est contraint de prendre la fuite. Entraîné par Bagheera et éduqué par Raksha (la louve maternelle), Mowgli est propulsé dans un voyage initiatique parsemés de rencontres qui feront de lui « un homme » au sens noble du terme.

Au scénario, Justin Marks opère de nombreux choix éliminant de nombreuses rencontres et en réduisant copieusement d’autres. Outre Bagheera, Shere Khan, Akela et Raksha sont au rendez-vous Baloo, Kaa et King Louie. L’action semble être le maître-mot de même qu’un réalisme abscons dès lors que de nombreuses proportions sont proprement irréalistes dans la caractérisation de nombreux animaux à l’instar de King Louie et des félins. Si nous ne pouvons qu’être surpris par la candeur des abeilles que l’enfant semble à peine ennuyer en détruisant leurs ruches, nous restons interdits devant l’inventivité débordante d’un gamin qui, sans jamais avoir été stimulé, crée des outils d’une efficacité saisissante. Les éléphants (en) sont sans voix.

THE JUNGLE BOOK

Le plus étonnant est cependant l’emploi de deux chansons au coeur du film – par ailleurs continuellement enrobé d’une musique atmosphérique. Si celle faisant écho à la philosophie de l’Ours s’inscrit sans heurt dans la mesure où il tente d’expliquer à Mowgli ce qu’est une chanson, celle interprétée par King Louie tombe comme un cheveux au milieu de la soupe. « Immensément » maléfique, le personnage d’une totale noirceur, se met à entonner sans aucune raison un texte soudainement léger alors qu’aucune inscription musicale ne prend source au sein même de la diégèse. Autant dire que quitte à coller une chanson, celle de Kaa nous manque cruellement et son absence – renforcée par sa présence au générique final – ôte notre confiance en un projet qui peine à trouver sa voie… D’autant plus que ces incursions chantées jurent par rapport au caractère hyper réaliste induit par réalisation – qui est certes mis à mal par le dialogue entre l’enfant et les animaux, mais là, c’est chercher la bête.

Si ce n’est le jeu très affecté de Neel Sethi dans le rôle de Mowgli, la réalisation est bluffante (notamment les décors et ljunglees animaux). Mais l’hyper-réalisme a ses limites : si le rendu de la mue de Kaa est splendide, les éclaboussures de boue sur la lentille de la caméra épuisent. C’est que munis de lunettes 3D nous avons beau nous prendre une averse en pleine figure que celle-ci est limitée à un cadre dont le film ne sera jamais qu’un objet de représentation. Ce que le réalisateur a pourtant intégré comme en témoignent l’emploi de la musique, le recourt à un narrateur ou encore la séquence d’évocation des origines de Mowgli dans le reflet des yeux de Kaa…

Peut-être trop respectueux de l’oeuvre initiale (option Disney et non Rudyard Kipling), THE JUNGLE BOOK est divisé entre un élan technique impressionnant et une écriture qui cherche à rassembler un trop grand nombre. Etait-il seulement possible – ou nécessaire – de renouveler ce classique sans pleinement s’en distancier ?

THE JUNGLE BOOK
Le livre de la jungle

Réalisation : Jon Favreau
USA – 2016 – 105 min
Distribution : Disney
Aventure

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